LEADER 01334nam 2200349 n 450 001 996385537003316 005 20221108082448.0 035 $a(CKB)1000000000605087 035 $a(EEBO)2240878946 035 $a(UnM)9928022000971 035 $a(UnM)99830551 035 $a(EXLCZ)991000000000605087 100 $a19950811d1696 uy | 101 0 $awel 135 $aurbn||||a|bb| 200 00$aCanwyll y Cymru: sef, Gwaith Mr. Rees Prichard$b[electronic resource] $egynt Ficcer Llanddyfri, a brintiwyd or blaen yn bedair rhan, wedi ei cyssylltu oll ynghyd yn un llyfr. The divine poems of Mr. Rees Prichard, sometimes vicar of Landoverey in Carmarthenshire 210 $aLondon $cprinted by J. Moxon and B. Beardwell for D. Jones$din the year M DC XC VI. [1696] 215 $a[4], 460, 449-462 p 300 $aIn verse. 300 $aText appears continuous despite pagination. 300 $aCopy tightly bound, affecting text; print show-through. 300 $aReproduction of the original in the British Library. 330 $aeebo-0018 700 $aPrichard$b Rhys$f1579-1644.$01004595 801 0$bCu-RivES 801 1$bCu-RivES 801 2$bCStRLIN 801 2$bWaOLN 906 $aBOOK 912 $a996385537003316 996 $aCanwyll y Cymru: sef, Gwaith Mr. Rees Prichard$92346499 997 $aUNISA LEADER 49737nam 2200529 450 001 9910132564803321 005 20240206184544.0 010 $a1-4123-6765-4 035 $a(CKB)3680000000165927 035 $a(NjHacI)993680000000165927 035 $a(EXLCZ)993680000000165927 100 $a20240206d2010 uy 0 101 0 $afre 135 $aur||||||||||| 181 $ctxt$2rdacontent 182 $cc$2rdamedia 183 $acr$2rdacarrier 200 12$aL'Acadie du discours $epour une sociologie de la culture acadienne /$fJean-Paul Hautecoeur 210 1$aChicoutimi :$cJ.-M. Tremblay,$d2010. 215 $a1 online resource (438 pages) 225 1 $aClassiques des sciences sociales ;$v4209 327 $aIndex des noms propres--Index des concepts--Pre?face de Pierre PERRAULT--Introduction--I. Le choix de l'objet--II. Sur l'ide?ologie et la me?thode--III. Le de?coupage de l'objet--IV. La pe?riode conside?re?e--V. Sur le plan--Chapitre 1.--La Socie?te? Historique Acadienne----I. La Socie?te? Historique Acadienne--II. De la pre?carite? des temps pre?sents--1. Deux lectures de la situation--2. La crise de la socie?te? traditionnelle--3. La langue et la foi--4. L'ignorance ou l'oubli--III. L'e?criture de l'histoire--1. Les Acadiens et l'histoire--2. Une e?cole paralle?le--3. Le projet historiographique--4. La ge?ne?alogie, les biographies et la petite histoire--IV. Mythique Acadie--1. L'ancienne « Cadie » ou - Arcadie »--2. Une communaute? harmonieuse--3. Une histoire paradigmatique et des ance?tres he?roi?ques--4. Un christianisme primitif--5. Le Grand Drame--6. La re?surrection sous le signe de la Providence--V. Projet critique----Chapitre II.--La Socie?te? Nationale des Acadiens. Le projet de restauration----I. La Socie?te? Nationale des Acadiens--II. De l'angoisse en Acadie--1. De la crise culturelle a? la de?sagre?gation sociale--2. La crise de la nation--3. La critique de l'e?lite et la crise du pouvoir--III. « Les Acadiens hier et aujourd'hui »--1. Premier volet : la De?portation--2. Deuxie?me volet : la Renaissance--3. Troisie?me volet : l'E?panouissement--IV. Le projet de restauration--1. De la restauration des valeurs--2. De la restauration sociale--3. Du patriotisme----Chapitre III.--La Socie?te? Nationale des Acadiens : les signes du changement----I. « Nos plusieurs mai?tres »--II. L'Acadie, le Que?bec et le Canada--1. Acadie-Que?bec--2. Acadie-Canada--3. L'Union des Provinces Maritimes--III. La voie du juste milieu en e?conomie--1 . Vision traditionnelle et re?vision culturelle--2. « Pour une socie?te? saine »--IV. La voie du juste milieu en politique--1. « Money talks » ou le re?alisme en politique--2. Barbarie et civilisation--3. De la ve?rite?----Chapitre IV.--Le ralliement de la jeunesse acadienne----I. Le Ralliement de la Jeunesse Acadienne--II. Le paradigme d'un discours pre?curseur--III. Une crise de la socie?te? globale--IV. La critique de l'ide?ologie nationaliste--V. Sur le normal et le pathologique--VI. Pour une nouvelle intelligibilite? de l'Acadie--VII. Le ne?o-nationalisme est un humanisme----Chapitre V.--Le projet ne?o-nationaliste----I. Le mouvement e?tudiant--II. « La gauche a? l'action »--III. La critique de la tradition--IV. L'homme colonise?--V. Le projet re?volutionnaire--VI. Le projet ne?o-nationaliste----Conclusion--Annexe : Tableau chronologique : Acadie, Que?bec, Canada--Bibliographie. 330 $aE?crire une pre?face a? ce livre troublant et lucide, d'une lucidite? qui nous faisait de?faut sur nous-me?mes, ne m'a pas e?te? facile. J'ai longtemps cherche? la manie?re de m'en tirer sans dommage. Avec e?le?gance. A? chaque reprise je me retrouvais au me?me point, incapable de prendre et garder mes distances ; en toute subjectivite?. Aussi bien me suis-je re?signe? a? me mettre en cause et a? vous impliquer. Car nous sommes, vous et moi, pour ainsi dire, partenaires dans cette humble trage?die : quel autre nom pre?tendez-vous donner a? ce mal dont je souffre et vous tiens responsable ? Si un jour vous acceptiez de nommer cette instance, peut-e?tre pourrions-nous enfin la re?soudre. Mais cela serait beaucoup vous demander. Aussi bien par mes propos je m'efforcerai de vous y astreindre. De cet effort je n'attends pas grand-chose sauf de de?couvrir le chemin de ma liberte? en nommant mes empe?chements. Je pre?tends exaspe?rer en moi le sentiment de l'obstacle qui est la seule explication valable de mon insignifiance en terre d'Ame?rique. Nous sommes, parai?t-il, six millions et n'avons laisse? de trace que sur les arbres. Je chercherai donc a? vous de?crire tel que je vous perc?ois, c'est-a?-dire en tant que colonisateur de ma conscience de colonise?, et a? en re?colter un sentiment ade?quat.X Je ne vous e?tonnerai pas en affirmant tout de suite que je me sens vise? par l'Acadie dont vous e?tes la ne?gation par personne interpose?e. Vous avez confie? cette sale besogne au maire Jones et vous en lavez les mains. Tant que nous avons ve?cu dans le vase clos d'un royaume qui n'e?tait pas de ce monde, nous pouvions facilement nous payer de mots. De?s lors que nous avons entrepris de quitter nos villages et notre silence nous avons rencontre? notre re?duction. Toute tentation d'e?tre s'est bute?e a? vos refus. Vous aviez de?ja?, pour ainsi dire, re?fute?, e?limine? les francophones de l'Ouest. Ceux d'Acadie ne sont pas en tre?s bonne posture. Vous avez partout suscite? des maires Jones. Vous n'e?tes pas le maire Jones mais vous le permettez, vous ne l'avez pas empe?che? tout du long de notre histoire. Vous e?tes celui qui se cache derrie?re. Le maire Jones je n'ai rien a? lui reprocher. C'est un pauvre type. C'est aux autres que je m'adresse non pour qu'ils me comprennent mais pour bien les identifier, pour mieux les connai?tre. Non pas pour les re?futer mais pour ne plus rien espe?rer. Et c'est de ce refus d'espe?rer que je voudrais m'entretenir avec moi-me?me et avec vous sans pre?tendre e?veiller votre attention mais pour nommer mon de?sespoir de cause. Car je n'ai plus rien a? confier a? une providence des conque?tes.L'Acadie, je vous le dirai tout de suite, est une autre forme, et des plus ame?res, de mon propre exil. Je suis de?loge? d'Acadie comme de moi-me?me. C'est la? que j'ai re?alise? le plus cruellement a? quel point j'e?tais rele?gue? au discours que je vous tiens depuis deux sie?cles et pre?sentement. Vous e?tes partout ailleurs et sans l'ombre d'un doute. Je ne suis que dans le discours ou? j'ai e?lu domicile. Autrefois je pouvais encore garder le silence. Ma preuve e?tait faite. Elle avait la forme d'un toit et le gou?t du pain. Aujourd'hui quand je de?pose la parole et ses intentions et ses chime?res, je m'expatrie, je re?inte?gre la capitulation, je deviens locataire du quotidien, je change d'identite?. Tous mes gestes, tous mes actes me contredisent. Je m'absente de mes propres de?finitions. J'ache?te le pain des autres. Je range mes images dans l'imagerie. J'endosse une citoyennete?, une e?trangete?, une conformite? que je n'ai pas choisies. Je m'e?vanouis dans la force des choses. Je me renie en toutes lettres. Et le coq a chante? depuis deux sie?cles sur mes innombrables capitulations. Je me comporte comme si jamais je n'avais envisage? autre chose, comme si aucune le?gitimite? ne rongeait mes entraves. Comme si l'alouette avait pour toujours renonce? a? la cole?re. Au point que l'autre en arrive a? se laisser re?conforter par une telle soumission, par les apparences. Il est satisfait de re?duire tout mon ente?tement, tous mes discours et poe?mes et chansons au pittoresque des cale?chiers du Cha?teau Frontenac puisque les XI| portiers obse?quieux, les garc?ons d'ascenseur, de table, de chambre, les bagagiers, les cuisiniers, et les managers parlent angleterrien. Il les trouve irre?prochables et d'une politesse exquise. Il refuse d'entendre le silence qui en dit long. Comment mettre en doute sa le?gitimite? ? Toutes les apparences lui donnent raison. Il n'arrive pas a? se percevoir comme l'autre. Et comme le maire Jones quand il refuse de nous entendre, vous e?tes persuade? que nous n'existons pas. Notre impuissance vous donne raison. Quand nous ressentons l'offense, c'est pour re?inte?grer le discours. Paternellement vous nous dissuadez me?me de notre langage pour nous remettre a? notre place, qui est celle de tout le monde. Et vous croyez nous avoir rendu justice en nous, confondant, en nous conce?dant le droit de n'e?tre rien d'autre que vous, en nous re?duisant a? une citoyennete? britannique sans nuance. Et nous ne pouvons que protester pour la forme.Pre?tendre que l'Acadie n'a de lieu que dans le discours, n'est-ce pas de?savouer le discours lui-me?me ? N'est-ce pas donner raison a? l'autre ? Pourtant Jean-Paul Hautec?ur y consacre cet ouvrage et toute son application. Est-ce pure de?rision ? Et cet e?trange discours ne connai?t qu'un seul propos. Il de?crit, il raconte, il s'efforce de cerner, de situer, de nommer un royaume qui n'existe pas ailleurs que dans le discours. Quelqu'un a raye? le mot Acadie sur la carte du monde. Un peuple se dit acadien et se retranche dans cette ge?ographie de l'a?me : le discours. Et il n'a d'autre certitude, d'autre pre?texte, d'autre entreprise que cette parole qu'il tient comme une auberge. L'auberge du re?ve. Tout le reste lui est de?robe?. Il est re?duit a? une parole qui ne change pas le cours des e?ve?nements. Et je reconnais cette parole ou? j'ai investi tous mes de?sespoirs, qui me sert a? ame?nager le refuge ou? je pre?serve contre votre confe?de?ration une identite? chime?rique, ille?gale et clandestine. Une parole qui s'effrite, qui s'e?rode, d'avoir a? n'e?tre jamais ve?cue. Une parole a? refaire chaque jour, a? recommencer, pre?caire, instable, fuyante, anachronique. Car je ne m'y reconnais pas moi-me?me, ni mes fils voue?s a? d'autres musiques. Comme celui, dont parle Fernand Dumont, force? de vivre dans une maison imagine?e par l'autre, qui « refait sans cesse son lieu par la parole », sans cesse je m'acharne a? une parole e?trange?re au ve?cu. Sorte de cine?ma qu'on se fait a? soi-me?me pour ne pas se re?soudre tout de suite a? cette plus que mort : une identite? suspendue, de?tourne?e, falsifie?e. Ce qu'on pourrait appeler une parole en l'air, provision en vue d'un voyage purement hypothe?tique. De la poe?sie en somme. C'est en toutes lettres ce qu'on a bien nomme? l'alie?nation, cette chime?re qui s'accommode laborieusement d'un ve?cu de?tro?ne?, qui entretient un espace XII irre?el ou? les projets se consument d'eux-me?mes. Il y eut l'homme des cavernes. Comme l'Acadien j'habite une le?gende, un discours auquel je ressemble de moins en moins, une citoyennete? ide?ologique et sans passeport. Je suis l'homme des tavernes ou? le vendredi je fourbis des cole?res inoffensives.Ce livre nous permet donc d'assister a? l'e?trange construction d'un immense e?difice de paroles. Ne cherchez l'Acadie nulle part ailleurs. Elle est tout entie?re dans ce discours que les Acadiens tiennent sur eux-me?mes parfois sans trop y croire. Un cha?teau de cartes qui s'e?croule au moindre vent de la re?alite?. Elle n'a nulle part ailleurs la moindre signification tangible, ni dans la ge?ographie du New Brunswick (sauf quelques noms de villages encore tole?re?s), ni dans la politique de la Nova Scotia, ni dans le commerce de la Prince Edward Island, ni surtout dans la bie?re et le pain quotidiens. Quand un peuple s'est re?signe? a? ne plus faire son pain ni a? brasser lui-me?me sa bie?re, a? quoi peut lui servir de pre?server le discours ? Sinon a? souffrir. 330 $aPeut-e?tre se trouve-t-il encore quelque part dans la maison du bout du rang d'une dernie?re concession un colon pe?rime? qui cherche a? tenir, a? la hache, l'antique langage des de?fricheurs qui est le seul discours que nous ayons tenu dans la re?alite?. 330 $aEt il s'efforce pour le compte d'un avenir illusoire a? enclore avec les perches de ce?dre une ancienne ide?e de royaume. Il est le dernier responsable d'une entreprise partout ailleurs avorte?e. Comme l'Abitibi,il est sur le point de rendre les armes. On lui avait pourtant promis un royaume. Ses cure?s, ses hommes politiques les plus e?minents (c'e?tait pas des trous-de-cul, dirait Hauris) lui ont dit en toutes lettres : « un royaume vous attend » et il a cru, le colon du bout du rang, qu'il de?frichait pour « les anne?es a? venir et futures » sa part du royaume. Et il a passe? aux actes comme en Octobre. Il a recommence? toute l'histoire a? la hache. Il a enclos un royaume « grand comme la France ». Et maintenant il est seul au bout du rang a? ne pas y croire. A? refuser de re?futer lui-me?me toute une vie. A? ne pas comprendre qu'il e?tait rachetable. A? ne pas comprendre que ce qu'il a de?friche? puisse e?tre tombe? entre les mains de la Noranda Mines, de la Domtar, de l'autre. Entre vos mains. Et ni moi je ne comprends rien au courage. Je ne comprends pas comment a? chaque coup vous avez re?cupe?re? tous nos coups de hache. Et si ce n'est vous, c'est donc votre fre?re. Mais il y a quelque part une trahison. Peut-e?tre faut-il questionner le colon du bout du rang pour savoir qui a accepte? les trente deniers. Peut-e?tre le savons-nous de?ja? trop bien.Nous avons donc de?serte? le re?el pour le poe?me. Les haches ne sont plus possibles. Comment de?sormais passer aux actes ? Quelle e?nergie reste [XIII] possible qui fasse e?clater le discours ? Les haches qui autrefois agrandissaient le royaume, les haches elles-me?mes sont devenues mercenaires et travaillent pour les compagnies. Il ne nous reste qu'une imitation du re?el (carnavals pour touristes bien intentionne?s et loge?s au Hilton et au Holiday Inn) qu'on pourrait appeler folklore si cela n'e?tait pas outrager un mot qui n'a pas me?rite? telle mauvaise fortune. L'Acadien s'est re?fugie? dans son propre pittoresque et il a lui aussi, comme nous, timidement, entrepris d'en avoir honte et de vendre ses courtepointes et ses chansons. D'ailleurs c'est par cette fene?tre du grenier que l'autre le regarde. C'est la seule diffe?rence qu'il lui conce?de. Il est devenu le typical french canadian, une varie?te? ne?gligeable des sujets de Sa Majeste?. L'autre refuse me?me de conside?rer autre chose que la chanson et les courtepointes inoffensives. Pour le reste ils sont sujets de Sa Majeste?, soldats de Sa Majeste?. Et le discours nous est renvoye? comme une balle par un mur : celui de votre indiffe?rence a? notre singularite?. Et certains finissent par vous croire :Quand c'qu'on a joint le service ... dansla dernie?re guerre... ils nous ont pas demande?si on e?tait Acadiens ou ... Ils nous ont demande?...On e?tait un Canadien. Pas me?me franc?ais, ni anglaisOn e?tait un Canadien.Voila? comment un Acadien re?pond de son identite?. En questionnant ceux qui l'ont force? a? « joindre le service » et qui l'ont prive? pour autant de sa langue. Mais peut-e?tre qu'il ne s'inte?resse plus a? sa langue et a? son identite?. Peut-e?tre que vous l'avez persuade? par votre discours. Car a? notre discours vous avez oppose? le vo?tre pour nous de?pouiller de nous-me?mes. Ce qui est une tricherie. Vous avez falsifie? notre a?me et nous sommes quelques-uns a? vouloir la de?terrer, l'e?veiller, la mettre en oeuvre.La parole ainsi de?finie par les murs, ainsi re?duite a? n'avoir plus d'objet que la chime?re, inlassablement, s'achemine a? la rencontre de l'histoire qu'elle invoque sans cesse comme « une permission de Dieu ». Sans toutefois soupc?onner que l'histoire a e?te? de?robe?e, soustraite, rachete?e comme l'Abitibi, investie par l'autre. Elle reste belle, la parole, ou me?diocre, selon les porte-parole. Elle trouve un sens et ne trouve pas d'application. C'est pourquoi elle se re?cuse elle-me?me, ayant expe?rimente? sa vanite?. C'est pourquoi les fils renient la chouenne des pe?res incapables de passer aux actes, et a? l'histoire. C'est pourquoi Octobre. C'est pourquoi l'exil des uns, la litte?rature [XIV] des autres, la chanson facile de tous les royaumes propose?s par la chanson, c'est pourquoi toutes les autres tentations qui nous de?solidarisent du discours collectif. Car les images s'usent rapidement qu'on ne re?colte jamais. Quel travail harassant de toujours recommencer dans l'esprit sa propre justification ! Les Juifs y sont parvenus d'une certaine manie?re. Mais une telle fide?lite? a? la couleur des yeux et a? une certaine fac?on d'invoquer les violons a-t-elle un sens ? Ce que nous tentons de pre?server, ce que nous cherchons de?sespe?re?ment a? mettre au pouvoir, est-ce autre chose qu'une forme que nous avons au pre?alable abandonne?e, ce?de?e comme un dernier carre? ? Une a?me depuis longtemps inhabite?e, livre?e, re?signe?e, rendue comme une place. Un costume que nous tirons des coffres de ce?dre pour la Saint-Jean, cette fe?te annuelle des chime?res que vous subventionnez et qui ne nous donne en ve?rite? aucune raison de nous re?jouir.Et il nous arrive de douter de notre propre le?gende. Nous n'avons gue?re produit de ve?rite?s parce que la ge?ographie n'appartient pas a? la soumission mais au pouvoir. Si le pouvoir n'a pas supprime? d'avance le mot Que?bec comme il a efface? le mot Acadie, c'est seulement qu'il n'avait pas pre?vu que nous allions nous l'approprier pour nommer nos intentions. Nous n'e?tions a? leurs yeux que des Canadiens-franc?ais-catholiques, donc inoffensive succursale d'une ge?ographie entie?rement usurpe?e par l'autre. Mais je vous soupc?onne de l'intention d'investir a? son tour la que?be?coisie, cette ide?e ge?ne?reuse et concre?te, cette forme enfin tangible du royaume a? venir.Vous n'arrivez pas a? tole?rer autre chose que le discours. La moindre prise sur le re?el vous importune. Notre seule mai?trise, notre seule ve?rite? qui n'e?tait pas confine?e au discours a e?te? e?nonce?e par la hache des de?fricheurs occupe?s a? enclore le royaume. Jusqu'au jour ou? a? leur tour ils furent re?duits en esclavage, devenant bu?cherons, ce?dant l'e?tre a? l'avoir, pre?fe?rant le petit pain des Anglais a? leur mai?trise. Toute la de?faite est la? et nulle part ailleurs. La conque?te est re?cente. Elle est d'hier et presque acheve?e. Il ne reste que les ga?teaux Vachon et les skidous Bombardier. Le sens du royaume nous l'avons perdu ce jour-la?. Menaud a manque? de courage. Il s'est a? son tour re?fugie? dans le discours, comme son auteur incapable de tirer les conse?quences de son imagination. Car pour tirer il faut des armes et ils n'avaient que la hache et l'e?criture. Nous avons tout confie? a? l'e?criture et ce?de? la politique aux foremen. Nous avons jete? avec les vieux ostensoirs ostensibles notre ente?tement a? enclore le territoire. Nous avons perdu le sens de la hache et cherchons vainement l'outil, l'arme d'une conque?te. Nous n'avons rien trouve? de mieux que la parole pour l'instant. Et je vous [XV] parle. Mais c'est moi que je cherche a? convaincre. J'ai de?sespe?re? depuis longtemps de faire entendre raison aux chiens me?chants de Moncton ou d'Ottawa et a? ceux qui les laissent japper. Je me nomme Que?bec dans l'espoir fou de prendre racine dans ma propre reconnaissance.Sans doute n'avons-nous plus que le choix d'imposer une justice qui ne nous sera pas rendue. Il s'agit pour nous de nous rendre a? cette e?vidence. Je m'excuse de la longueur du cheminement. Nous avons me?me besoin de votre assistance pour rendre notre pre?tention irre?conciliable. Votre indiffe?rence nous re?duit a? la haine. Mais la haine est un territoire, une re?alite? qui donne un sens a? l'avenir. C'est pourquoi j'ai choisi de me mettre en cause et de vous e?crire. Je connais d'avance toutes les re?ponses mais je pre?tends les e?prouver encore une fois comme pour me couper la retraite. J'aurais pu m'adresser au maire Jones. J'ai pre?fe?re? vous inventer de toutes pie?ces, vous conce?der toute la noblesse de l'esprit, vous faire cre?dit de sagesse, vous choisir parmi les meilleurs. 330 $aEt vous demander ce que vous pensez de ceux qui ont propose? en votre nom la fin des nationalismes a? une nation qui a mis trois sie?cles a? se nommer. Je vous propose donc mon discours, ce candidat au re?el. Allez-vous l'empe?cher de nai?tre ? Le renvoyer a? l'utopie par la force que vous de?tenez ? Et j'invoque ici l'esprit. 330 $aQuest-ce que l'esprit ? N'est-ce pas un lieu ou? nous avons en commun cette capacite? de ne pas re?duire l'homme a? la loi du plus fort. Et qu'est-ce que l'homme sinon cette force qui finit toujours par venir a? bout de la force et des oppressions. Si je suis l'opprime? dont j'ai la conscience, il doit bien y avoir quelque part un oppresseur. Aurez-vous le courage de le nommer vous-me?mes ? J'en appelle non pas a? votre peuple, non pas a? l'histoire, non pas a? la rentabilite? dont vos marchands pre?tendent qu'elle est la seule re?gle, mais a? ce qui en vous re?pugne au meurtre, au ge?nocide et a? l'hypocrisie du bilinguisme ou? on nous pousse pour mieux nous enliser. Est-il parmi vous un seul juste pour prendre la peine de re?pondre autrement que par la force a? mon inquie?tude de?sespe?re?e ? Ou alors n'e?tes-vous tous que les humbles sujets de la barbarie fondamentale ? et rentable ?Je ne pre?tends pas pour l'instant refaire l'histoire mais la soumettre a? votre re?flexion. Le monde est parseme? d'hypothe?ses ge?ne?reuses qui souvent refusent de tenir compte de quelques indige?nes d'Amazonie qui se permettent, en 1975, de cribler de fle?ches quelques inoffensifs explorateurs blancs. Qu'est-ce qui est inoffensif quand il s'agit de l'histoire ? Vous invoquez l'histoire et ne reconnaissez que la force. Ce qui ne vous empe?che pas de pre?tendre que XVI]pour e?viter les rapports de domination entre individus, entre groupes, il faudrait s'ouvrir sur le plus grand syste?me possible : l'humanite?. On y vient lentement depuis des sie?cles. Dans le sang. (Henri LABORIT)Un jour je vous parlerai du sang. En attendant je ne vous tiens pas responsable des Croisades, ni des ge?nocides qui ont assure? votre empire. Ni me?me de cette intention de de?passer les confe?de?rations, un jour, vers le haut, vers le plus grand syste?me possible ; l'humanite?, ce qui vous autorise a? ne pas entendre pour l'instant mon discours ni celui des Indiens d'Amazonie. Du syste?me actuel je retiens que vous e?tes le be?ne?ficiaire, l'he?ritier le?gitime si on ne respecte que les re?gles du syste?me. Vous avez he?rite? de la force. Avez-vous retenu d'autres lec?ons ? Nous avons he?rite? de la faiblesse et invoquons l'usurpation. Tous vos pe?res ne furent pas guerriers. Certains e?taient musiciens, peintres, humanistes, pieux, re?formateurs. Tous ont profite? de la force. Votre cine?ma Western est une preuve e?clatante de la barbarie. Vous avez e?te? crible?s de fle?ches par les Sauvages. Vous avez fait justice. Vous avez pris vos mesures de guerre. Vous n'avez e?pargne? que les vaincus ... dont je suis. Vous e?tes donc l'he?ritier d'une conque?te, et moi celui d'une de?faite. Je n'ai dans votre syste?me pas plus de droit a? la souverainete? que l'Indien montagnais qui contemple la mine de fer de Schefferville. Je pourrais vous cribler de fle?ches si j'avais l'innocence d'un indige?ne d'Amazonie. Je pourrais m'engager dans les e?ve?nements d'Octobre. D'ou? vient que je m'en tiens au discours ? A? cette entreprise de?risoire de vous expliquer que nous sommes six millions a? ne pas vous ressembler. Six millions re?duits a? cet apprentissage de la haine qui progresse en moi comme une identite?.Bien su?r je n'attends pas que le Canada donne au monde l'exemple d'une sagesse capable de nous rendre a? nous-me?mes, de nous restituer un avenir. Je reconnais que seule la force nous donnera raison. Mais j'imagine parfois que l'esprit que je vous conce?de pourrait de?noncer la domination dont vous tirez, je le reconnais, beaucoup d'avantages, un certain sentiment de puissance dont vous pre?tendez ne pas abuser mais dont vous ne songez pas a? vous de?partir. J'en appelle donc a? votre humanite?, ce plus grand syste?me possible dont parle un certain Laborit, a? qui vous avez donne? le prix Lasker. De?marche de?sespe?re?e, s'il en fut, sauf pour sauvegarder l'estime. De?marche ste?rile, sans doute, sauf pour de?montrer l'irre?conciliable, sauf pour vous exclure de mon humanite?. Celui qui n'a pas d'allie?, il doit avant tout pouvoir bien nommer ses ennemis. Je tiens a? vous signaler que vous [XVII] e?tes plus excusable de m'opprimer dans les faits que de ne pas l'admettre dans l'esprit. Je refuse votre neutralite?. En cette occurrence ayez au moins le courage de prendre votre parti me?me s'il contredit la justice. Nous nous sommes confie?s a? la parole, n'ayant pas d'autre gardien. Vous avez pu en toute liberte? vous laisser aller a? l'imaginaire, a? l'invention, a? la connaissance, ayant confie? aux armes, a? la force et a? la politique le soin des basses besognes, dont l'extermination des Beotuks, la de?portation des Acadiens et l'assimilation des Que?be?cois. Vous avez l'a?me belle pour autant et il vous arrive de vous apitoyer sur les be?be?s-phoques, ce qui ne demande pas un bien grand courage. Or je suis un be?be?-phoque et ma race est en pe?ril. Que vous importe ? Je n'ai pour me de?fendre qu'un discours qui ne parvient pas a? vos oreilles. Et ce discours qui n'en peut plus de ne pas passer aux actes (mais que reste-t-il a? faire en dehors du de?sespoir) je lui confie le soin de vous questionner en votre a?me et conscience, de vous expliquer que votre force est en creux dans ma faiblesse, que vous e?tes a? mon de?triment. Je vous propose de me rendre possible en the?orie. N'avez-vous pas d'autres outils pour vous faire valoir que l'usurpation ? N'avez-vous pas sur l'univers une vision moins grossie?re que celle de la United Fruit ? Je n'ai pour me de?fendre que ce discours et mon exaspe?ration croissante, et mon ignorance. Vous e?tes devenu ce que vous avez usurpe?. Mais ne vous re?jouissez pas outre mesure de votre culture. Elle pue de mes sueurs de bu?cheron. Il y a du sang de Ne?gre dans les veines du marbre de vos salles, de bain. Mais je ne vous demande pas de me rendre mon passe?. Je vous acquitte de tout ce que vous m'avez de?robe?. J'accepte de me recommencer a? ze?ro, au bout du rang. Je n'exige qu'une simple chose que vous nommez, si je ne m'abuse, vous aussi, liberte?. Je ne demande que mon destin, ma le?gitimite?, pour les - anne?es a? venir et futures ». Je n'implore pas votre aide. Je ne pre?tends pas que vous ayez le courage de Byron en faveur de ma libe?ration. Je sais que j'aurai a? me battre, et que le dominateur conside?re la fe?odalite? comme un droit. Mais que vous l'admettiez seulement. Verbalement. Rien n'est plus platonique. Une simple reconnaissance du bout des le?vres sans engagement de votre part. Mais j'ai bien peur que vous n'ayez pas me?me cet e?le?mentaire courage de l'esprit et cela e?quivaut a? nier l'existence a? six millions d'hommes, a? endosser leur e?ventuel et prochain ane?antissement. Il faut admettre que vous avez l'habitude de ces malheureux accidents de parcours. On ne domine pas le monde avec des prie?res, diraient Duplessis et Trudeau. Ils sont alle?s a? bonne e?cole, il faut l'avouer.[XVIII] Allons-nous nous re?signer a? cette loi de la jungle, a? ces douteuses le?gitimite?s de la force qui donnent droit aux femelles en rut ? N'avons-nous pas envie d'un autre orgueil pour satisfaire la pense?e et pour e?crire l'histoire ? L'aristocratie n'a jamais e?te? autre chose que la domination du plus fort. En sommes-nous toujours a? cette re?gle grossie?re pour e?tablir les souverainete?s ? Je sais bien que vous n'e?tes pas responsables des me?canismes quasi biologiques qui ont e?rige? la force, enclos le territoire, endoctrine? les sentinelles, pointe? les canons et ge?ne?re? cet hybride effarant et robotique qui obe?it aux ordres sans poser de question a? la trage?die : le policier. Qu'un tel comportement sugge?re une comparaison avec celui des rats n'e?tonnera personne. Par contre l'homme dispose d'un cerveau qui est le sie?ge de l'imaginaire. Il peut inventer le monde et ses re?gles. Pourquoi faut-il que l'homme qui pense recule toujours devant celui qui agit ? Il ne proteste qu'a? distance respectueuse et encore pourvu qu'il y trouve son avantage. Les poe?tes ont souvent servi les princes. La pense?e n'a pas encore fait la conque?te du pouvoir et s'il lui arrive de le prendre elle ne se re?sout pas a? le remettre a? l'imaginaire. 330 $aEt c'est l'imaginaire toujours qui ce?de a? la force, a? l'arme?e, aux corps expe?ditionnaires, aux grands e?lecteurs du royaume comme ITT, Canadian Bechtel, Alcan, Domtar. 330 $aTout se passe toujours comme si l'action de?formait la pense?e, l'asservissait, la conscrivait de telle sorte que celle-ci finisse toujours, a? l'extre?me, par de?froquer de son humanite?. Comme si le biologique l'emportait infailliblement sur le pathe?tique. Pourtant vous n'avez pas l'excuse du pouvoir, comme les colombes, pour ainsi contraindre l'imaginaire au silence complice, pour obe?ir aux ordres.Je n'ignore pas en conse?quence que l'homme se sente perpe?tuellement menace? par l'homme. Et que vous soyez pre?t a? de?fendre votre pays contre tout agresseur. Comme moi le mien. Or il se trouve que c'est le me?me, du moins en partie. Il reste a? de?terminer qui est l'agresseur. Est-il possible d'en douter ? Et faut-il pre?fe?rer son pays a? la justice ?« J'aime trop mon pays pour e?tre nationaliste », a dit Camus et dirait Trudeau s'il pouvait s'exprimer avec adresse. Encore faut-il avoir un pays pour en dire autant. Vous m'avez prive? de cette liberte? en exerc?ant votre force, votre richesse, en vous portant acque?reur de mes vieilles armoires pour les exorciser, en satisfaisant votre e?norme appe?tit de richesses naturelles, en de?vorant nos fore?ts avec nos bras, en fondant vos universite?s sur une richesse que vous avez re?ussi a? nous rendre inaccessible. En refusant le partage vous me forcez a? la se?paration. Cette puissance d'attraction, vous la nommez instinct de conservation. Quand cet instinct s'exerce aux antipodes, vous le qualifiez d'impe?rialisme. Il s'agit encore et toujours de XIX s'approprier l'histoire par tous les moyens. Toute conque?te rele?ve de cet instinct et d'un de?sir inavoue? de pillage. Voulez-vous connai?tre vos motivations ? Il suffit de lire ce qu'e?crivait en octobre 1755, un certain Lawrence (connaissez-vous cet homme qui e?tait en quelque sorte le maire Jones de son e?poque ?) : « Je me flatte d'espe?rer que l'e?vacuation du pays par les habitants ha?tera grandement cet e?tat de choses (soit l'e?tablissement de colons anglais sur les terres acadiennes) parce qu'elle nous met imme?diatement en possession de grandes quantite?s de bonnes terres pre?tes a? la culture. » Voila? pour le pillage. Aujourd'hui les me?thodes ne sont plus les me?mes mais je maintiens que la fermeture actuelle de l'Abitibi au seul profit des compagnies minie?res et forestie?res rele?ve de la me?me intention fondamentale qui organise l'e?vacuation du pays en de?portant les Acadiens. Il s'agit toujours de reprendre le royaume, de le de?rober.Une lettre date?e du 9 aou?t 1755 est encore plus explicite a? propos de ce que Lawrence lui-me?me nomme pieusement l'e?vacuation :Nous formons actuellement le noble et grand projet de chasser de cette province les Franc?ais neutres qui ont toujours e?te? nos ennemis secrets et ont encourage? nos sauvages a? nous couper la gorge. Si nous pouvons re?ussir a? les expulser cet exploit sera le plus grand qu'aient accompli les Anglais en Ame?rique car, au dire de tous, dans la partie de la Province que ces Franc?ais habitent, se trouvent les meilleures terres du monde.En deux mots, vous aviez peur des Sauvages et envie des terres. Mais je ne vous cite pas, pour la millie?me fois, ce discours lamentable dans le but de vous accuser de me?faits anciens mais pour de?crire la situation pre?sente. Vous n'avez pas cesse? depuis 1755, depuis 1760 de vous comporter en agresseur, de nous assie?ger dans toutes nos mai?trises. Encore un peu, vous rachetiez l'Oratoire Saint-Joseph pour mieux nous exploiter. Nous n'avons me?me plus d'orgueil tellement vous nous avez de?pouille?s. Et quand vous levez le drapeau blanc du bilinguisme c'est pour mieux camoufler les dernie?res ope?rations qui consistent a? nous dissuader de nos intentions de?sespe?re?es.Quand le maire Jones en fe?vrier 1968 oblige le conseil municipal, de Moncton en de?pit des protestations timides de mai?tre Le?onide Cyr, e?chevin francophone mais bilingue, a? pre?ter le serment d'alle?geance a? la reine XX d'Angleterre, n'est-il pas lui aussi inspire? par la me?me peur des sauvages (les e?tudiants) et par la cupidite? ? Et voici, pour votre e?dification, le texte de ce serment qui nous est odieux :I do sincerely promise and swear that I will be faithful and bear true allegiance to her Majesty Queen Elizabeth the Second and that I will defend her to the utmost of my power against all trai-tors, conspiracies or attempts whatsoever.Qu'en dites-vous ? Or donc si vous ne re?cusez Jones et Lawrence je suis votre ennemi. Car Jones obligeait le pauvre Le?onide Cyr a? pre?ter tel serment a? cause de la menace terrifiante d'une timide de?le?gation d'e?tudiants francophones re?clamant du bilinguisme a? l'ho?tel de ville, ce qui leur fut refuse?. Et mon pays serait le vo?tre ? Or je re?clame de Jones et de vous bien davantage. Je suis donc un trai?tre. Je menace vos fortifications. Que ferez-vous de mon exaspe?ration ? Bien su?r je me sens mal a? l'aise de vous en demander plus qu'a? Le?onide Cyr, plus qu'aux Acadiens eux-me?mes. Mais les faibles, tout compte fait, se taisent, re?cusent leurs poe?tes, votent pour le maire Jones, respectent la loi et l'ordre, s'efforcent de passer inaperc?us. Et quand ils viennent a? l'ho?tel de ville, il suffit de les interrompre, de les forcer a? parler anglais, pour les de?sarc?onner, pour les vaincre une fois de plus sans avoir a? les de?porter. Il suffit de ne pas comprendre leur langue pour qu'ils se sentent coupables. Et alors ils reculent. Ils pre?tent le serment d'alle?geance qui les de?nonce. Ou encore ils prononcent leur nom avec un accent anglais.J'sais pas pourquoi...J'ai me?me dit mon nom en anglaistabarouettechu tanne?e, kalineIre?ne DOIRONJe sais que vous allez me dire que la souffrance d'Ire?ne et la mienne ne sont qu'exceptions. Que nous ne sommes que quelques poe?tes a? ressentir l'humiliation. Que les autres s'en accommodent. Que, jusqu'a? ce jour, nous n'avons pas assez aime? la liberte?. Que c?a n'est pas a? vous de faire ce travail. Que nous sommes a? notre compte dans la de?faite et l'humiliation. Et vous me citez notre grand silence d'Octobre. Nos prisonniers des mesures XXI de guerre, du moins ceux que le cine?ma nous a montre?s, e?taient comme vide?s de toute substance. Humilie?s sans orgueil. Prisonniers subissant la prison. Ane?antis par les ordres. Je le reconnais. Mais l'homme n'a jamais que le courage de sa force. Et vous avez retenu toute la force par tous les moyens, de Lawrence a? Jones. Mais ce silence majoritaire que vous invoquez si souvent pour justifier votre royaume, il n'en aime pas moins la liberte? que nous n'avons pas prise de passer aux actes. C'est cela que vous nous reprochez. Dans notre amour de la liberte?, il y a un me?pris de la force qui nous retient encore de vous combattre. Nous avons trop appris a? avoir peur du meurtre, peur de ressembler a? Lawrence, d'imiter Jones, de vous remplacer tout bonnement dans la domination. C'est pourquoi nous re?sistons a? notre propre re?volution. Votre histoire n'a pas souvent recule? devant la mort des autres. Nous, au contraire, nous me?fions outre mesure de la violence. Et si nous y parvenons, un jour, collectivement, cela sera peut-e?tre gra?ce a? vous mais cela sera certainement de mauvais gre?. Nous n'avons pas appris a? ba?tir un royaume par ces moyens. Nous avions bien nai?vement confie? cette charge aux de?fricheurs. Et nous espe?rons encore leur rendre, aux de?fricheurs, le pays qu'ils ont aime?, qu'ils aiment encore secre?tement et qui est celui que vous exploitez. Chacun sa manie?re. Conside?rez la diffe?rence. L'amour de la liberte? que nous avons choisi ne s'accommode pas facilement de la violence que vous pratiquez. Et c'est pourquoi nous he?sitons encore. Et c'est pourquoi nous comptons encore sur votre bonne foi, sur votre esprit ... et que vous ne garderez pas pour vous toutes les femelles en rut.Est-il une liberte? des peuples sans souverainete? ? Est-il un courage des hommes de?sarme?s ? Je veux re?pondre a? votre accusation. Nous sommes un peuple soumis, dites-vous. Il est vrai que nos pe?res ont invoque? la providence pour se justifier avec le destin. Le ciel leur servait d'exil. Pour rendre sa soumission habitable, le pauvre s'invente des alliances ce?lestes. Il s'intitule comme il peut. 330 $aIl s'interce?de un royaume dont personne ne veut. 330 $aIl devient folklorique au sens ou? il perpe?tue un habitat archai?que qui le retranche du pre?sent, d'autant qu'il n'a aucune mai?trise sur ce pre?sent qui le manipule a? sa guise. Il se donne donc une contenance. Il se promet un royaume qui n'est pas de ce monde. Une telle strate?gie n'est pas appre?ciable en terme d'efficacite?. Ceux qui me?prisent une telle re?sistance ne savent pas ce qu'il en cou?tait de vivre dans les conditions qui leur furent faites. Qui peut de?noncer son pe?re a? bout d'a?ge sans risque d'erreur ? Je ne doute pas, pour ma part, que nos pe?res (je ne parle pas de nos e?ve?ques [XXII] comme tous les princes et de nos politiciens) aient re?siste? au meurtre, au ge?nocide, a? l'incessante agression de vos politiques impe?rialistes. Ils ont e?te? rebelles a? leur manie?re. A? main nue. A? la mitaine. A? la hache et au godendard. Ils ont en quelque sorte amorce? la mise?re : le blasphe?me qui rapie?ce notre langage n'est-il pas la trace futile d'une cole?re impuissante ? Un jour je vous parlerai de la cole?re. Ils ont porte? sur leur dos la cole?re jusqu'a? ce jour qui s'appre?te a? l'embaucher. Bien su?r nos pe?res ne reconnaissent pas tous leur discours dans le no?tre. Certains sont me?me e?tonne?s qu'on les aime. D'autres ont fini par vous ressembler. Et ils ont vote? contre notre espe?rance en octobre pour sauvegarder leurs maigres rentes. Et j'irai jusqu'a? dire par loyaute?. Ils sont contradictoires et explicables. Ils n'ont pas la force aujourd'hui de sortir de l'ombre et de rentrer dans l'e?criture. Quand vous justifiez sur leur dos votre domination, conside?rez qu'il leur a fallu trois sie?cles pour passer de Pierre Tremblay qui « a de?clare? ne savoir signer de ce interpele? » par le notaire qui re?digeait son contrat d'engagement pour la Nouvelle-France au de?but du XVIIe sie?cle, a? la troisie?me anne?e primaire d'Alexis Tremblay qui n'est pas membre du St. Lawrence Yacht Club ; onze ge?ne?rations pour franchir a? la mitaine trois anne?es de scolarisation. Faut-il s'e?tonner que nos vieux he?sitent a? apposer leur croix sur nos propositions ? Moraliser sur le silence et l'inertie d'un peuple c'est souvent oublier les circonstances exte?nuantes, le poids de l'histoire, une de?portation, un maire Jones. J'admire votre culture sans oublier que la connaissance est une richesse et que nous e?tions pauvres, pauvres de tout ce que vous aviez usurpe?. De cela ils finiront bien par se rendre compte ... Ce jour-la? nos pe?res enfin re?concilie?s avec les fils auront appris que la royaute? dont vous vous pre?tendez n'e?tait qu'une image falsifie?e d'eux-me?mes. Et alors ils se confondront avec le royaume et deviendront irre?ductibles.De?ja? ce sentiment vous inquie?te qui surgit de tous les violons. Nous nous sommes paye? des poe?tes avant de faire fortune. Et les poe?tes devancent les e?ve?nements. Ils pre?ce?dent me?me le re?ve. Ils le fomentent. Ils induisent en re?volution pour de?passer toute e?ventualite?. La sagesse traditionnelle finira-t-elle par se reconnai?tre dans cette logique de sept lieues ? N'ont-ils pas eux-me?mes imagine? « la suite du monde » que nous pre?tendons tenir ? Je n'ai d'argument que la constance de l'homme du bout du rang. Nous cherchons avec ce gou?t du Que?bec ancien et nouveau a? de?couvrir et nommer un lieu a? notre mesure. Souvent a? de?faut du vocabulaire de la lutte des classes nous le nommons pays, Que?be?coisie, Terre-Que?bec, la Bate?che ou autrement. Vous e?tes-vous avise? d'une telle chose ? Avez-vous lu les poe?tes [XXIII] qui nous posent de terribles questions ? Et si oui, qu'avez-vous fait quand on a mis Miron en prison ?Ce que vous avez fait, je vais vous le dire. Vous avez ouvert vos coffres-forts et ve?rifie? vos titres. Je me rends compte que je suis de?posse?de?... que vous me posse?dez en toute le?galite? : car, il faut bien le dire, vos titres sont en re?gle avec la loi du plus fort. Et nous y revoila?. Toujours la me?me question de vie ou de mort. Faudra-t-il encore une fois reprendre le pe?nible travail de cantonnier d'amener l'eau au moulin d'une parole tricentenaire, de nourrir le me?me grand discours incohe?rent des peuples asservis ? Car il ne reste nulle part dans les greffes des notaires aucune trace de l'he?ritage que nous revendiquons. Nous sommes hors la loi et le savons fort bien puisque de temps a? autre nous cherchons refuge dans la clandestinite? et la cole?re impuissante. La cole?re est-elle aussi une preuve d'impuissance ? Il nous reste le discours pour e?chapper a? l'espace de la farine qui nous e?treint. Nous sommes prisonniers du pain et de la bie?re des autres. Sur le point de disparai?tre. E?crase?s par le me?pris des notaires qui s'en tiennent aux actes. Vous vous appre?tez a? nous mettre a? l'imparfait. De?ja? vous posse?dez nos croix de chemin et nos coqs de clocher. En guise d'oraison vous direz : il s'appelait Menaud, il a bu le Kakebongue?. Vous direz : il invoquait le violon, il a donne? un mauvais coup d'archet. De?ja? vous nous de?comptez sans tenir compte du de?sespoir de cause.J'ai parfois l'impression d'avoir e?te? libe?re? sur paroles et n'avoir pas le droit de me taire. Je radote. Je chouenne. Je re?investis mon parolis dans le de?sert, suspectant l'impre?visible, coince? entre l'imparfait et l'e?ventuel. Le pre?sent m'est de?robe?. Un pied dans la me?moire et l'autre dans l'espe?rance. Je vous e?cris cela parce qu'il le fallait bien, parce que c'est plus fort que moi, parce que j'ai la mort dans l'a?me d'avoir lu ce livre cruel, lucide, implacable de Jean-Paul Hautec?ur. Livre lourd de conse?quences, livre constituant presque une reddition. Livre qui e?voque une liberte? inexprimable, un e?goi?sme timide, une inimitie? peureuse, une mort dans l'a?me qui n'accuse personne. Description lucide, cruelle, involontaire, de?sespe?re?e du masochisme de l'opprime? qui cherche par tous les moyens a? e?laborer un projet collectif susceptible de concilier un maigre possible de servitude et un timide re?ve de liberte?. A? travers le discours officiel d'une douteuse e?lite et les propos plus agressifs d'une jeunesse de?ja? partie pour l'exil, Jean-Paul Hautec?ur examine a? la loupe, sans merci, le nationalisme acadien, son triste e?chec incessant et son lamentable discours. Mais ce discours est le mien. Il me raconte. Il est l'image de mon propre de?bat avec les images, [XXIV] avec les mots. Le de?calque de mon ignorance et de mes redondances. De mes cole?res futiles et de mes soumissions rentables. De ma la?chete? quand Michel Blanchard cherche a? obtenir le droit e?le?mentaire de parler ma langue devant les tribunaux d'un pays qu'on pre?tend le mien. Je tiens ici le me?me discours aplati :Il est temps qu'on se le dise : nous sommes chez nous ici, au Nouveau-Brunswick ! Notre devise ne pourrait pas e?tre « mai?tres chez nous », comme diraient nos voisins, niais bien « partenaires chez nous ».Qu'est-ce qu'un partenaire minoritaire, sinon un perdant ?Qu'est-ce que ce discours timide, peureux, bonne-ententiste, la?che, sinon celui qui re?gne a? Que?bec sans couleur, sans poe?sie, sans audace, vendu, trai?tre au royaume ? Ils ont « de la patience a? revendre », disent-ils d'eux-me?mes. Et ils de?sapprouvent les e?tudiants d'avoir tenu un discours concret, d'avoir pris pied un instant dans la re?alite?, d'avoir de?montre? que vous ne voulez pas de nous d'un oce?an a? l'autre. Ils ont accepte? la de?faite et le verdict de Jones mais ils ont l'excuse de leur pauvrete?, de leur faiblesse, d'e?tre minoritaires. Mais nous et notre gouvernement outrageusement majoritaire et libe?ral ?Depuis 1760 nous tenons ce discours honteux. Et vous ricanez. Vous savez que nous sommes inoffensifs. Lord Durham vous a rassure? sur ce « peuple ignare, apathique et re?trograde ». 330 $aCe qui ne l'a pas empe?che? de constater par ailleurs notre gou?t pour la bonne entente.Ils sont doux et accueillants, frugaux, inge?nieux et honne?tes, tre?s sociables, gais et hospitaliers, ils se distinguent par une courtoisie et une vraie politesse qui pe?ne?trent toutes les classes de leur socie?te?.Vraies victimes de choix pour un conque?rant ayant les vices de ces vertus et les vertus de ces vices.De prime abord, j'ai eu l'intention d'e?crire une lettre de rupture, comme on dit en amour, a? un ami anglais. Encore m'eu?t-il fallu pour y parvenir avoir eu droit dans ma petite vie a? une telle amitie?. 330 $aJ'ai cherche? autour de moi cet interlocuteur de choix susceptible d'entendre mes raisons et de me donner les siennes sur cette longue querelle de frontie?res. Je n'ai trouve? personne a? qui e?crire ces mots simples, presque banals : dear friend, ce qui [XXV] ne peut manquer de vous parai?tre douloureux. Vos pre?tentions de m'obliger a? partager avec vous une citoyennete? britannique et une reine e?trange?re re?sistent-elles a? pareille e?preuve ? Mais vous savez vous accommoder de telles contradictions quand elles n'e?corchent que les autres et pourvu qu'elles soient rentables comme le fe?de?ralisme. Camus avait un ami allemand et leur querelle e?tait possible. Mais on n'a pas d'amis parmi ses valets. Et je suis votre serviteur. Je reconnais que vous n'aimez pas la servilite? des serviteurs mais vous n'avez pas su vous en passer pour accomplir vos conque?tes. Je suis donc votre serviteur pour avoir abandonne? toute re?sistance. C'est de?ja? tout de me?me quelque chose qui m'attache a? vous. Je connais mon mal : il se nomme la servitude. Et depuis que je m'en suis avise? je cherche une de?livrance. Nos rapports, vous le regrettez, se sont ga?te?s depuis que j'ai perdu l'usage de la servilite?, depuis que je n'accepte plus la servitude, parce que je me suis rendu compte gra?ce a? Trudeau, gra?ce au maire Jones et gra?ce au courage que vous n'aurez pas de faire taire les chiens me?chants et de prendre fait et cause pour mon courage, que vous voulez ma peau. Et je me sens, malgre? toutes les bassesses de mon discours patriotique, irre?futable d'avoir e?te? si longtemps irre?ductible.Je ne veux plus e?tre votre serviteur. Je cherche un nouveau pre?texte a? nos distances respectueuses. Et si je ne suis pas votre ami que me reste-t-il qui restaure mon orgueil ? C'est pourquoi cette pre?face je la destine et la de?die a? celui que je nomme enfin mon ennemi pour l'avoir reconnu a? ses fruits. Je n'ai a? vous proposer pour faire comprendre mon incompatibilite? que cette image du petit train de Town of Mount-Royal qui ame?ne chaque matin a? leur bureau du centre-ville ces messieurs tre?s dignes qui tiennent toutes les ficelles de nos destins et dont vous e?tes un peu complice, innocemment barricade?s derrie?re les colonnes, insensibles a? l'humiliation des autres, du Financiel Post ... et je vous avouerai que je ne prends plus jamais le petit train pour ne pas abuser de la cole?re. Un jour je vous parlerai de la cole?re. 410 0$aClassiques des sciences sociales ;$v4209. 517 $aL'Acadie du discours 606 $aAcadia$xHistory 606 $aAcadians$xHistory 615 0$aAcadia$xHistory. 615 0$aAcadians$xHistory. 676 $a971.601 700 $aHautecoeur$b Jean-Paul$0911014 801 0$bNjHacI 801 1$bNjHacl 906 $aBOOK 912 $a9910132564803321 996 $aL'Acadie du discours$93907778 997 $aUNINA