LEADER 56685nam 2200457 450 001 9910131128103321 005 20240207055238.0 010 $a1-4123-7270-4 024 7 $a10.1522/030167371 035 $a(CKB)3680000000166431 035 $a(NjHacI)993680000000166431 035 $a(EXLCZ)993680000000166431 100 $a20240207d2009 uy 0 101 0 $afre 135 $aur||||||||||| 181 $ctxt$2rdacontent 182 $cc$2rdamedia 183 $acr$2rdacarrier 200 10$aHume $esa vie, sa philosophie /$fThomas Henry Huxley 210 1$a[Place of publication not identified] :$cJ.-M. Tremblay,$d2009. 215 $a1 online resource 225 0 $aHume ;$v4003 327 $aPremie?re partie. Vie de Hume -- Chapitre I. Anne?es de jeunesse, e?crits litte?raires et politiques -- Chapitre II. Dernie?res anne?es de Hume : L'histoire d'Angleterre -- Deuxie?me partie. Philosophie de Hume -- Chapitre I. L'objet et le but de la philosophie -- Chapitre II. Les e?le?ments de l'esprit. -- Chapitre III. L'origine des impressions -- Chapitre IV. Classification et nomenclature des ope?rations mentales -- Chapitre V. Les phe?nome?nes de la vie mentale chez les animaux -- Chapitre VI. Langage. Propositions relatives aux ve?rite?s ne?cessaires. -- Chapitre VII. L'ordre de la nature, les miracles -- Chapitre VIII. Le de?isme, e?volution de la the?ologie -- Chapitre IX. L'a?me, la croyance en l'immortalite? -- Chapitre X. La volonte?, la liberte? et la ne?cessite? -- Chapitre XI. Les principes de la morale. 330 $a(v) * L'ouvrage tout re?cent dont nous pre?sentons la traduction au public franc?ais a un double inte?re?t, et d'abord celui d'e?tre une excellente monographie de Hume . Par des citations bien choisies, par de nombreux emprunts a? la correspondance ou aux e?crits de son he?ros, M. Huxley a su donner en peu de pages une ide?e comple?te de la vie et de la philosophie du grand penseur e?cossais. Le politique avise?, l'historien sagace, surtout le philosophe inge?nieux et subtil, le sage, aux opinions un peu suspectes, mais irre?prochable du moins dans la dignite? de sa vie et dans la since?rite? de son caracte?re. Hume enfin tout entier revit dans ce livre sous la plume d'un appre?ciateur compe?tent, lecteur assidu du Traite? de la nature humaine, qui de?clare lui-me?me avoir use? par ses lectures re?pe?te?es son exemplaire des ?uvres de Hume. Mais M. Huxley n'a pas ( vi) borne? ses commentaires a? ce qui e?tait ne?cessaire pour encadrer ou relier ses extraits : il y a joint un grand nombre de re?flexions personnelles. L'analyse des raisonnements de Hume a e?te? pour lui une occasion naturelle d'exposer ses propres opinions sur quelques-uns des grands proble?mes philosophiques, la nature de l'esprit et l'origine des ide?es, la diffe?rence de l'animal et de l'homme, l'a?me et Dieu, la liberte? et les principes de la morale. C'est donc, a? propos de Hume, comme un abre?ge? de sa propre doctrine philosophique que M. Huxley a compose?, et, quelles qu'en soient les tendances, il est inte?ressant de savoir ce que pense de la nature humaine un naturaliste e?minent, qui apre?s avoir soutenu, au point de vue anatomique et physiologique, l'identite? d'origine et de nature de l'animal et de l'homme, n'a cesse? de re?pe?ter que les qualite?s morales et intellectuelles creusaient entre notre espe?ce et les autres « un gouffre e?norme, une diffe?rence pratiquement infinie ». M. Huxley ne donne d'ailleurs ses the?ories que comme l'expansion naturelle de la pense?e originale de Hume. « J'ai l'espoir, dit-il, qu'il n'y a rien dans ce que j'ai pu dire qui soit en contradiction avec le de?veloppement logique des principes de Hume. » De sorte qu'on trouvera ici non seulement ce que Hume a e?te? mais ce qu'il aurait pu e?tre, ce qu'il serait devenu, si, vivant un sie?cle plus tard, il s'e?tait me?le? aux physiologistes et aux e?volutionnistes de notre temps. Quelque raison qu'on ait de supposer que le circonspect auteur des Essais philosophiques (vii) aurait accueilli avec de?fiance la plupart des te?me?rite?s spe?culatives ou? se complaisent nos contemporains, il est certain que, sur bien des points, il est d'avance d'accord avec eux. De la? cette espe?ce de renaissance de sa philosophie, dont les sympto?mes se multiplient en France comme en Angleterre. Loin de s'e?teindre, en effet, l'influence philosophique de Hume ne fait que s'accroi?tre, et ces dernie?res anne?es ont vu rapidement grandir le cre?dit d'un philosophe dont on avait cru jusqu'ici avoir raison en lui infligeant sans me?nagement l'e?pithe?te de sceptique et me?me de nihiliste. On commence a? reconnai?tre que sa philosophie n'est pas faite que de ne?gations, ne?gations d'ailleurs suggestives et fe?condes, qui ont provoque? chez ses contradicteurs, chez Kant avant tous les autres, de grandes nouveaute?s dogmatiques. Elle contient elle-me?me un dogmatisme particulier et original qui ne saurait e?tre confondu avec le scepticisme vulgaire, et qui nous apparai?t de plus en plus comme la clef d'un grand nombre de doctrines contemporaines. La philosophie de Hume n'est pas seulement un accident, une curiosite? dans l'histoire de la pense?e : elle en est un e?le?ment essentiel ; elle repre?sente un de ces moments de?cisifs, une de ces crises ou? se de?nouent en partie les difficulte?s philosophiques et ou? se pre?pare l'e?volution qui conduit peu a? peu la pense?e a? se rendre compte d'elle-me?me. C'est la conscience de ce ro?le e?minent de Hume qui de?terminait re?cemment M. Renouvier et son infatigable collaborateur M. Pillon a? donner la premie?re (viii) traduction franc?aise d'une partie du Traite? de la nature humaine, l'?uvre la plus dogmatique de Hume, la seule qu'il ait intitule?e Traite?, tandis que pour ses autres ouvrages il a pre?fe?re? le titre plus modeste d'Essais ou de Recherche (Inquiry [1] ). Les traducteurs franc?ais se sont d'ailleurs borne?s a? publier la premie?re partie du Traite?, le livre De l'entendement ; ils ont laisse? de co?te? les deux dernie?res parties, le livre II, qui a pour objet les passions, et le livre III, qui traite de la morale ; et, bien qu'ils ne donnent pas les raisons de cette omission, on devine sans peine pourquoi ils ont ainsi limite? leur effort . Les spe?culations de Hume sur la morale et les passions n'ont pas, tant s'en faut, la me?me valeur et la me?me porte?e que ses recherches sur l'intelligence. Outre l'inte?re?t moindre du sujet, ses re?flexions sur les passions ne sont qu'une esquisse superficielle, ou? se fait sentir plus qu'ailleurs le de?faut commun de toutes les parties de la psychologie de Hume, je veux dire le de?faut d'informations physiologiques. Quant a? ses ide?es sur la morale, Hume sans doute leur attribuait lui-me?me une importance particulie?re ; il les a reprises plus tard dans un ouvrage spe?cial, An inquiry concerning the principles of morals, dont il disait avec l'illusion complaisante qui (ix) trop souvent attache un auteur a? celles de ses ?uvres qui pre?cise?ment re?ussissent le moins : « De tous mes e?crits historiques, philosophiques et litte?raires, celui-la? est incomparablement le meilleur. » Ni les contemporains, ni la poste?rite? n'ont ratifie? ce jugement, et de fait la morale de Hume, ?uvre de bon sens et de sagesse, ressemble trop a? celle du professeur Hutcheson ou de l'e?ve?que Butler pour avoir une ve?ritable originalite?. Le premier livre du Traite? au contraire, celui ou? le « profond et subtil philosophe », comme l'appelle Me?rian dans son Essai sur le phe?nome?nisme de Hume, analyse les e?le?ments de l'esprit et discute les croyances de l'humanite?, le livre De l'entendement est re?ellement la cre?ation propre de Hume et l'introduction oblige?e a? l'e?tude de la Raison pure de Kant. Il faut donc remercier les traducteurs exacts et compe?tents qui, pour la premie?re fois, le rendent accessible au public franc?ais ; en me?me temps qu'il faut noter, comme un des traits les plus caracte?ristiques du mouvement philosophique de notre temps, ce retour de fortune qui, apre?s un sie?cle et demi, fait revivre dans une langue e?trange?re un fragment conside?rable d'un livre mort-ne?, comme le disait l'auteur lui-me?me, qui, a? son apparition, n'avait pas me?me re?ussi a? exciter les murmures des de?vots. Mais la meilleure preuve de ce renouvellement de faveur qu'excite aujourd'hui le nom de Hume, sans parler des travaux allemands de Meinong et de quelques autres, c'est pre?cise?ment l'ouvrage de (x) M. Huxley. C'est une curieuse rencontre, moins fortuite d'ailleurs qu'elle n'en a l'air, que celle de cet homme de science, qui est en me?me temps un des repre?sentants les plus distingue?s du mouvement philosophique de l'Angleterre contemporaine, e?tudiant et jugeant avec sympathie les ?uvres d'un philosophe pur. Les savants demandent souvent et avec juste raison que la philosophie se rapproche des sciences ; mais ils ne nous donnent pas toujours l'exemple, et il faut savoir gre? a? ceux qui, comme M. Huxley, prennent l'initiative de ce rapprochement. Si l'on veut bien se rappeler d'ailleurs avec quelle admiration M. 330 $aHuxley a toujours parle? de? Descartes, le « penseur qui repre?sente mieux que tout autre la souche et le tronc de la philosophie et de la science moderne [2] » , avec quelle vivacite? il a re?fute? le paradoxe d'Auguste Comte sur la pre?tendue impossibilite? de la psychologie, et proteste? contre ce « solennel non-sens » du fondateur du positivisme franc?ais, on ne s'e?tonnera pas que, « s'aventurant une fois de plus dans ces re?gions ou? la philosophie et la science aiment a? se rencontrer, » il soit venu payer son tribut a? la me?moire d'un grand psychologue, de celui qu'il appelle « le penseur le plus pe?ne?trant du dix-huitie?me sie?cle, bien que ce sie?cle ait produit Kant [3] ». En ce?le?brant les me?rites philosophiques de Hume, M. Huxley ne fait d'ailleurs qu'acquitter une dette (xi) de l'e?cole a? laquelle il appartient. Les philosophes anglais de ce temps, et notamment Stuart Mill, n'ont pas assez dit ce qu'ils devaient a? Hume ; ils n'ont pas assez de?clare? soit les emprunts volontaires qu'ils lui ont faits, soit les rapports naturels qui les unissent a? lui. Il e?tait de toute justice que cette omission fu?t re?pare?e. Il s'est trouve? que, sans avoir fait de physiologie, par la seule analyse de la pense?e, Hume a construit une psychologie phe?nome?nale, une « psychologie sans a?me », qui s'adapte a? merveille aux conclusions du positivisme anglais et de la physiologie contemporaine. M. Huxley et la plupart de ses compatriotes, on le sait, semblent vouloir donner a? des pre?misses mate?rialistes une conclusion ide?aliste. D'une part, ils conside?rent comme absolument de?montre?e la corre?lation des mouvements de la matie?re nerveuse et des perceptions de la conscience ; ils affirment que les mate?riaux de la conscience sont les produits de l'activite? ce?re?brale, et ils excluent par suite toute ide?e de substance spirituelle. Mais, d'autre part, ils re?pugnent au mate?rialisme proprement dit, et ils proclament que « les erreurs du mate?rialisme syste?matique suffisent a? paralyser l'e?nergie de la vie et en de?truisent toute la beaute? » Sur ces deux points, il est e?vident qu'ils rele?vent de Hume. Celui-ci, il est vrai, n'a pas e?tudie? le cerveau : les quelques passages ou? il parle du syste?me nerveux ne sont que de pa?les versions de la physiologie suranne?e de Descartes. Mais il a comme devine? et affirme? a priori les rapports qui lient les ope?rations de l'esprit aux changements mole?culaires du (xii) cerveau. Surtout il a rigoureusement nie? que l'on pu?t connai?tre, et me?me qu'il exista?t, un substratum pour les phe?nome?nes de la conscience ; et en cela il est le ve?ritable pe?re du positivisme. Mais d'un autre co?te? Hume professe, a? l'e?gard de la substance mate?rielle, le me?me scepticisme qu'a? l'e?gard de la substance spirituelle : de sorte que, parla encore, il est l'inspirateur de cet ide?alisme nouveau a? base physiologique, qui semble se ge?ne?raliser aujourd'hui. La pense?e, dit-on, de?pend du cerveau : cela est certain. Mais le cerveau n'a pas plus de substratum que la pense?e, ce que nous appelons le corps n'e?tant qu'un ensemble de repre?sentations conscientes. Il n'y a donc des deux co?te?s que des se?ries de phe?nome?nes qui se succe?dent, qui correspondent les uns aux autres, mais dont la cause ou la substance reste inconnue. « Que les trembleurs se rassurent donc ! s'e?crie M.Huxley. Devant le flot montant de la matie?re qui menace de submerger leur a?me et leur liberte?, qu'ils consultent David Hume. Leur e?moi le ferait sans doute sourire, il les bla?merait d'agir comme des pai?ens qui se prosternent en tremblant devant l'affreuse idole e?leve?e par leurs mains. Car, apre?s tout, que pouvons-nous savoir relativement a? cette matie?re qui les e?pouvante, sauf que c'est un mot pour exprimer la cause inconnue et hypothe?tique des divers e?tats de notre propre conscience ? » Hume invoque? ici par M. Huxley pour l'aider a? exorciser le fanto?me de la matie?re est bien le pe?re de cette philosophie nouvelle, dont les adhe?rents parlent comme des mate?rialistes, sans croire a? la (xiii) matie?re, et de?crivent avec exactitude les ope?rations de l'esprit sans croire a? l'esprit. Il suffirait peut-e?tre de re?fle?chir au succe?s croissant des ide?es de Hume pour se convaincre qu'il e?tait tout autre chose qu'un sceptique : jamais de telles adhe?sions ne seraient alle?es a? un syste?me de pur scepticisme. Mais il est ne?cessaire de confirmer ces pre?somptions par l'examen de sa philosophie. Que des juges superficiels et irre?fle?chis s'y soient trompe?s, que le sens commun ait accueilli et vulgarise? cette imputation de scepticisme , on ne saurait s'en e?tonner ; et ce qui rend cette erreur excusable, c'est que Hume a contribue? lui-me?me a? la propager. Il se donnait volontiers les airs d'un sceptique ; il arrivait a? renche?rir me?me sur la forme ordinaire du doute, en proposant, comme il le disait, « une solution sceptique a? ses doutes sceptiques ». Peut-e?tre a-t-il cru ne?cessaire, surtout dans les dernie?res anne?es de sa vie, de dissimuler sous des apparences d'insouciance et d'indolence la hardiesse et la nouveaute? de ses vues, a? la fac?on de Rabelais, qui cachait sous le masque de la bouffonnerie la te?me?rite? de sa raison. Mais, si Ton va au fond des choses, on reconnai?tra avec M. Huxley que « le nom de sceptique, avec tout ce qu'il implique actuellement, lui fait injure ». Et cette injure ne lui a pas e?te? e?pargne?e par quelques-uns des plus graves penseurs de ce sie?cle. Re?cemment encore M. Secre?tan disait de Hume qu'il n'apporta a? la philosophie « qu'un demi-se?rieux [4] ». (xiv) Hamilton lui aussi conside?re la philosophie de Hume comme le « scepticisme a? son vrai sens [5] ». D'apre?s lui, Hume se serait fait un jeu d'emprunter, sans y croire, a? la philosophie courante de son temps, des pre?misses sensualistes, afin de montrer que ces pre?misses aboutissent a? des conclusions contradictoires avec la conscience. Il n'y a pas trace d'un pareil artifice, d'un pareil jeu de dialectique, dans le Traite? de la nature humaine, et Hume n'est pas moins since?re dans les pre?misses que dans les conclusions de ses longs raisonnements. De?s l'abord, les espe?rances et les intentions dogmatiques de Hume se marquent par des de?clarations formelles sur le but qu'il compte atteindre et sur la me?thode qu'il veut y employer. Il ne dissimule pas l'ambition de « proposer un syste?me complet des sciences » ; et a? ce syste?me il donnera un fondement nouveau, l'e?tude de la nature humaine. Ce n'est pas avec les timidite?s d 'un esprit de?sabuse? et convaincu de son impuissance, c'est presque d'un air conque?rant, et avec l'assurance intre?pide d'un homme qui marche a? la de?couverte de la ve?rite?, qu'il s'e?crie : « Renonc?ons a? la longue et fastidieuse me?thode que les philosophes ont jusqu'a? pre?sent suivie, et au lieu de prendre tanto?t un cha?teau, tanto?t un village sur la frontie?re, marchons droit a? la capitale, au centre de toute science : je veux dire a? la nature humaine elle-me?me. » (xv) Je ne connais pas de the?oricien moderne de la psychologie qui ait exprime? avec plus de force ce que l'on peut attendre de la science de la nature humaine, « le seul fondement solide pour les autres sciences », ni qui ait recommande? plus re?solument l'application a? la philosophie morale des me?thodes de la philosophie naturelle. Quand M. Huxley de?clare que « la philosophie est surtout le de?veloppement logique des conse?quences contenues dans les principes e?tablis par la psychologie », il n'est que l'interpre?te et l'e?cho de Hume ; il l'est encore quand il dit que « la psychologie ne diffe?re de la physique que par la nature de son objet et non par la me?thode de ses recherches ». Sous ce rapport, rien de plus expressif que le sous-titre du Traite? de la nature humaine, que ses traducteurs franc?ais ont eu le tort d'omettre : Essai pour introduire la me?thode expe?rimentale dans les sujets moraux. 330 $aSans doute, Hume pousse le paralle?lisme des deux ordres de recherches jusqu'a? dire que « l'essence de l'esprit nous est aussi inconnue que l'essence des corps » ; l'impossibilite? d'arriver aux premiers principes est la loi commune de toutes les sciences. Mais la psychologie est une chose, la « me?taphysique en est une autre ; et qui donc ne reconnai?trait pas aujourd'hui que, en dehors et au-dessous de tout raisonnement et de toute hypothe?se me?taphysique sur l'a?me, il y a place, une large place, pour la psychologie empirique ou expe?rimentale ? C'est ce que Hume laissait entendre lui-me?me dans un passage important et trop peu remarque? du Traite?, ou?, apre?s avoir e?tabli que les dispositions du (xvi) corps de?terminent des changements dans les sentiments et les pense?es, il ajoutait : « On dira peut-e?tre que cela de?pend de l'union de l'a?me et du corps. Je re?pondrai que nous devons distinguer la question qui concerne la substance de l'esprit de la question qui concerne la cause de sa pense?e [6]. » Il y a la? comme une porte laisse?e a? demi ouverte par le psychologue empirique a? ceux d'entre les philosophes qui ne se contentent pas d'une psychologie phe?nome?nale et qui veulent aller au dela?. Dira-t-on que Hume n'a pas connu ni pratique?, qu'il s'est contente? de ce?le?brer dans de vagues ge?ne?ralite?s la me?thode expe?rimentale ? A coup su?r, on ne peut exiger de lui qu'il ait manie? avec une pre?cision parfaite un instrument dont il e?tait presque le premier a? se servir ; mais il s'en faut qu'il ait ignore? les lois essentielles de l'observation et de l'expe?rience. Ces lois, personne, avant Stuart Mill, ne les a mieux de?termine?es que ne l'a fait Hume dans le chapitre intitule? Re?gles pour Juger des causes et des effets. On y trouvera, au moins exprime?es et entrevues, les quatre me?thodes que Stuart Mill a rendues ce?le?bres sous les noms de me?thodes de concordance, de diffe?rence, des variations concomitantes, des re?sidus. A? en croire une opinion qui semble de nos jours se ge?ne?raliser, il serait impossible de devenir psychologue, si l'on n'avait pas commence? par e?tre physiologiste. M. Huxley le proclame avec quelque (xvii) emphase : « Les laboratoires sont les vestibules du temple de la philosophie, et ceux qui n'ont pas commence? par y offrir des sacrifices et y subir les ce?re?monies de la purification ont peu de chances d'e?tre admis dans le sanctuaire. » M. Huxley oublie que le he?ros de son. livre, que Hume lui-me?me, auquel il accorde avec raison un des premiers rangs parmi les penseurs du xviiie?me sie?cle, n'e?tait rien moins qu'un physiologiste. Il est donc permis de discuter la valeur de ce pre?tendu axiome de logique scientifique qui fait des e?tudes physiologiques l'initiation ne?cessaire des recherches de psychologie. Sans doute, on sait de reste ce que le psychologue peut y gagner, soit comme habitudes d'observation pre?cise, soit comme renseignements positifs sur les circonstances mate?rielles qui accompagnent les phe?nome?nes de conscience . Mais , d'autre part, n'est-il pas a? craindre que le physiologiste devenu psychologue n'abuse des souvenirs de ses e?tudes ante?rieures pour sacrifier le moral au physique, et pour remplacer par quelques indications psychophysiologiques la description propre des ope?rations mentales et l'analyse des lois qui les re?gissent ? C'est une tendance trop ge?ne?rale de notre temps et trop peu combattue que celle qui consiste a? de?crier la vieille psychologie et a? la conside?rer comme une sorte de litte?rature superficielle et ennuyeuse. Cependant, sans parler de nos mai?tres franc?ais, cette psychologie de l'observation inte?rieure, cette psychologie du dedans, est pre?cise?ment celle de Locke et de Hume, dont l'autorite? ne peut e?tre (xviii) suspecte. On dit qu'elle n'a pas de me?thode : n'en est-ce donc pas une que l'observation expe?rimentale, applique?e aux te?moignages directs de notre propre conscience ou aux manifestations si varie?es de toutes les consciences humaines ? On dit que son objet, se?pare? de ses ante?ce?dents physiologiques, n'est qu'une abstraction : quoi de plus re?el pourtant, de plus concret que les faits du monde moral, e?tudie?s soit dans les consciences anormales, chez les fous, soit dans les consciences incomple?tes et en voie de formation, chez les enfants, soit enfin et surtout dans les consciences acheve?es et re?gulie?res, chez les hommes d'un esprit sain et mu?r ? Que faut-il donc pour constituer une science, si la psychologie inte?rieure n'en est pas une, avec la multitude de faits qu'elle recueille, avec les lois de succession, avec les rapports de causalite? qu'elle e?tablit entre ces faits ? Que dirait-on du botaniste qui s'emploierait exclusivement a? parler de l'air que la plante respire, du sol ou? elle se nourrit, et qui ne?gligerait d'e?tudier la vie propre de la plante dans ses organes et ses fonctions ? Il ne faut pas, parce que tout est lie? dans la nature, me?connai?tre que tout est distinct. Ceux qui font la guerre a? la me?thode subjective oublient que, sans la conscience, toutes les analyses ce?re?brales ne leur apprendraient rien des fonctions de l'esprit. M. Huxley lui-me?me n'est-il pas de notre avis quand il dit : « On aurait fort embarrasse? M. Comte, si on lui avait demande? ce qu'il entendait par « physiologie ce?re?brale », en dehors de ce qu'on appelle commune?ment psychologie , si on lui avait (xix) demande? encore ce qu'il savait des fonctions du cerveau, en dehors des renseignements fournis par cette « observation inte?rieure » qu'il traite de chose absurde ? » Enfin, ce serait a? tort que la psychologie nouvelle ferait un grief a? l'ancienne de ne pas expliquer les phe?nome?nes moraux. C'est a? elle surtout qu'incombe ce reproche : car, a? moins de faire de la me?taphysique, et de la me?taphysique mate?rialiste, les psychophysiciens ne sont e?videmment pas en e?tat de donner la raison, l'explication des choses ; ils doivent se contenter de juxtaposer, dans leur paralle?lisme perpe?tuel, les deux se?ries de faits qu'ils observent, mouvements ce?re?braux d'une part, ope?rations mentales de l'autre. C'est bien la?, si je ne me trompe, la position que s'efforcent de garder, en e?cartant toute explication substantielle, les philosophes de notre temps qui, a? l'exemple de Hume, conside?rent comme pre?somptueuses et chime?riques les recherches relatives a? l'origine ultime des faculte?s humaines. Seulement, en me?me temps qu'ils empruntent a? l'auteur du Traite? de la nature humaine son de?dain des spe?culations me?taphysiques, ils ne?gligent de l'imiter dans ses efforts pour fonder une psychologie descriptive, inde?pendante de la physiologie et se suffisant a? elle-me?me. Quand on a montre? que Hume avait un but et une me?thode, qu'il voulait organiser une science de l'homme en me?me temps qu'il savait par quels moyens elle peut e?tre constitue?e, il semble qu'on ait de?ja? plus qu'a? moitie? re?pondu a? ceux qui (xx) verraient en lui le type de la nonchalance philosophique, promenant avec indiffe?rence sa re?flexion de proble?me en proble?me, pour les agiter seulement et y distraire un instant sa pense?e, sans chercher jamais a? les re?soudre. Mais, pour que notre re?ponse soit comple?te, il faut passer des intentions de Hume a? ses actes, et montrer qu'il n'a pas seulement projete? de construire, qu'il a construit en effet une psychologie, e?troite sans doute et souvent inexacte, mais qui n'en offre pas moins un tout bien lie?. Rien de plus injuste a? cet e?gard que l'arre?t trop sommaire prononce? contre lui par un e?crivain contemporain : « Il n'a rien de suivi ni de raisonne? dans ses pense?es. Elles se succe?dent sans lien logique, sans connexion harmonique, comme les e?ve?nements du monde qu'il a imagine? [7]. » Le premier me?rite de Hume est d'avoir contribue? a? e?liminer de la psychologie la conception vicieuse qui intronise dans l'esprit, sous le titre de faculte?s inde?pendantes et distinctes, autant d'entite?s imaginaires. Ce legs et, comme le dit M. Huxley, « cette damnosa haereditas de l'ancienne philosophie », Hume les re?pudie, et il s'efforce de s'en tenir aux re?sultats de l'observation seule, en excluant tout ce qui est hypothe?se. 330 $aIl est vrai que, si la justesse de son esprit critique l'empe?che d'imaginer dans l'esprit ce qui n'y est pas, l'e?troitesse de ses pre?juge?s empiriques le privera d'y voir tout ce qui y est. Le contenu de l'esprit, on le sait, se re?duit, d'apre?s (xxi) Hume, a? deux se?ries d'e?le?ments, les impressions et les ide?es : les impressions, c'est-a?-dire les sensations, les e?motions de plaisir ou de peine et me?me les passions, « lorsqu'elles font leur premie?re apparition dans l'a?me » ; les ide?es, c'est-a?-dire les images affaiblies des impressions. Les impressions et les ide?es seront simples, s'il est impossible de les analyser ; complexes, si l'on peut y distinguer plusieurs e?le?ments. Les ide?es de?rivent toujours d'impressions ante?rieures ; mais ou bien elles reproduisent ces impressions avec vivacite? et dans l'ordre primitif : ce sont alors les ide?es du souvenir ; ou bien elles les renouvellent avec une vivacite? moindre et dans un ordre nouveau : ce sont les ide?es de l'imagination. Telle est, d'apre?s Hume, la ge?ographie e?le?mentaire de l'esprit. Tout le monde est d'accord aujourd'hui pour en reconnai?tre les de?fauts et les lacunes ; mais il n'est que juste aussi de signaler l'importance de quelques-unes des distinctions e?tablies par Hume, notamment de celle qui aux impressions et aux ide?es simples oppose les impressions et les ide?es complexes. L'analyse psychologique, dans son sens le plus rigoureux, repose tout entie?re sur cette distinction ; aussi sommes-nous e?tonne?s que dans son Introduction, si pre?cise et si comple?te, M. Pillon ait omis d'en parler. Remarquons aussi qu'elle a donne? lieu a? une me?prise dans le livre pourtant si bien informe? de M. Huxley [8]. L'auteur se plaint que Hume ait compte? parmi les impressions des e?tats (xxii) manifestement complexes, comme les passions. « S'il avait connu, dit-il, cet admirable morceau de psychologie anatomique qu'on appelle la troisie?me partie de l'E?thique de Spinoza (les passions), il aurait su que les e?motions et les passions ne peuvent compter parmi les mate?riaux simples de la conscience. » Pour justifier Hume, sinon de l'ignorance historique, au moins de l'erreur de doctrine qui lui est impute?e, il suffi?t de faire remarquer que les impressions ne sont pas ne?cessairement simples, la distinction du simple et du complexe s'appliquant aux impressions aussi bien qu'aux ide?es. « Les impressions de re?flexion, dit Hume, c'est-a?-dire les passions, les de?sirs, les e?motions, viennent en grande partie des ide?es [9]. » Il y a donc des impressions complexes, non moins que des impressions simples, impressions qui pre?ce?dent sans doute les ide?es qui leur correspondent, mais qui sont poste?rieures aux impressions de sensation ou aux ide?es de ces impressions. Qu'on relise d'ailleurs les chapitres consacre?s par Hume a? l'e?tude des passions, et l'on se convaincra qu'il savait aussi bien que Spinoza ce qu'il y a de complexe, de compose?, d'he?te?roge?ne jusque dans les passions en apparence primitives. Une critique mieux fonde?e est celle que s'est attire?e Hume pour l'une des raisons qu'il donne de la diffe?rence de la me?moire et de l'imagination. Que l'imagination ait, comme il le dit, pour caracte?re de modifier l'ordre, d'alte?rer la forme des ide?es et des (xxiii) souvenirs qui servent de mate?riaux a? ses fictions, nul n'y contredit ; mais ce qui n'est pas admissible, c'est que l'imagination ait moins de vivacite? et de force que le souvenir. « En fait, dit M. Huxley, j'ai une ide?e beaucoup plus vive de personnages de roman, tels que M. Pickwick ou le colonel Newcome, que de telle personne que je me rappelle avoir vue il y a quelques anne?es. » M. Pillon fait la me?me remarque : « Demandez aux auteurs d'un poe?me e?pique, tel que l'Iliade ou la Je?rusalem de?livre?e, s'ils n'ont pas des combats rapporte?s dans ce poe?me une ide?e plus vive que des batailles re?elles rapporte?es dans une histoire quelconque [10]. » Et, s'il nous est permis de nous citer nous-me?me, nous avions fait une observation analogue dans notre e?tude sur la Philosophie de Hume : « La conception du triangle, du cercle, n'est-elle pas beaucoup plus vive pour le ge?ome?tre que la conception de Ce?sar ou de Charlemagne pour un historien ? Et cependant nous croyons que Ce?sar, que Charlemagne ont existe?, tandis que nous prenons le cercle, le triangle pour ce qu'ils sont, c'est-a?-dire pour des abstractions et des hypothe?ses [11]. » La diffe?rence du souvenir et de l'image ne doit pas e?tre cherche?e dans une qualite? intrinse?que qui serait un degre? de plus ou de moins dans la force de la repre?sentation : c'est une diffe?rence de relation. Le souvenir est lie? par des relations indissolubles a? d'autres souvenirs ; il est un (xxiv) anneau fixe attache? a? d'autres anneaux dans la longue chai?ne de la me?moire, et voila? pourquoi le souvenir entrai?ne la croyance. L'imagination pure au contraire est une conception qui n'a avec les autres ide?es que des relations la?ches, des liens fragiles, qu'il de?pend de nous de briser, et c'est pour cela qu'elle laisse notre jugement libre. Hume a donc de?ja? commis quelques me?prises sur la nature des e?le?ments qu'il reconnai?t dans l'esprit ; mais son erreur la plus grave, c'est d'avoir omis un de ces e?le?ments. Dans la carte qu'il dresse de la conscience, il y a tout un territoire oublie?, celui des lois natives de l'esprit, des conditions, des formes de la pense?e. Sur ce point, tous les nouveaux critiques de Hume sont d'accord. M. Huxley s'appuie sur Kant et aussi sur M. Herbert Spencer pour e?tablir que les impressions sensibles, les ide?es de l'expe?rience, ne sont pas les seuls mate?riaux de l'esprit, qu'il y a d'autres e?le?ments simples, inde?composables, de la conscience, ce qu'on appelle, selon les e?coles, ve?rite?s premie?res, principes a priori, cate?gories. Seulement l'esprit anglais, avant tout ami de la clarte?, ne s'accommode pas des subtiles et parfois obscures analyses de Kant, et voici comment, avec les comparaisons pittoresques qui lui sont familie?res, M. Huxley appre?cie le langage du philosophe allemand : « L'exposition de Kant, dit-il, est d'un style si embarrasse?, elle est si e?trangement alourdie par le poids d'une scolastique encombrante, qu'il n'est que trop aise? de confondre les parties accessoires de son syste?me (xxv) avec celles qui offrent un inte?re?t capital. Le train des e?quipages y est plus conside?rable que l'arme?e elle-me?me, et l'e?tudiant qui s'attaque a? l'?uvre de Kant est trop souvent expose? a? croire qu'il s'est empare? d'une position importante, lorsqu'il a seulement capture? une poigne?e de trai?nards inutiles. » Ramenant donc a? leur plus simple expression les analyses critiques de Kant, M. Huxley re?duit a? trois rapports essentiels les liaisons naturelles qui existent entre les ide?es et qui en assurent la cohe?sion. Et ces rapports imme?diatement perc?us par l'esprit, et auxquels il est tout dispose? a? conserver le nom d'impressions, d'impressions de relation, en souvenir de la terminologie de Hume, il les limite a? trois : les relations de coexistence, de succession et de ressemblance. Ce n'est pas ici le lieu de rechercher si cette courte e?nume?ration e?puise la liste des relations fondamentales qui, avec les sensations e?le?mentaires de plaisir ou de peine, constituent les faits ultimes et irre?ductibles de la conscience. Mais ce qu'il importe de remarquer, c'est que la philosophie en a de?sormais fini avec le vieux sensualisme, avec cet empirisme un peu nai?f qui n'admettait que des impressions isole?es inde?pendantes, atomes de pense?e, qui finissaient par s'associer je ne sais comment. Dans ce syste?me, la conscience n'est plus pour ainsi dire qu'une poussie?re d'ide?es, sans cohe?sion, sans consistance, pre?te a? s'e?vaporer au premier souffle contraire ; les cadres manquent pour contenir l'expe?rience, les lois pour la diriger, les conditions me?me pour la rendre (xxvi) possible. Ce que la philosophie spiritualiste franc?aise appelle la raison n'est pas seulement ne?cessaire pour comple?ter, pour couronner, l'expe?rience : elle en est la racine et le principe. 330 $aQu'est-ce en effet que percevoir un objet exte?rieur, sinon localiser dans un point de l'espace les qualite?s que les sens nous re?ve?lent ? Qu'est-ce que percevoir un fait de conscience inte?rieure, sinon rattacher a? un moment de la dure?e l'impression produite ? De quelque nom qu'on les appelle, avec Kant et ses disciples « cate?gories et formes de la pense?e », « sens inte?rieur » avec M. Huxley, avec d'autres enfin « principes inne?s et ve?rite?s premie?res », il est certain que ces principes existent, qu'ils accompagnent toute sensation dont ils sont la re?gle latente et la condition inaperc?ue, avant d'en e?tre la loi consciente et re?fle?chie. Et me?me l'esprit arrive pluto?t qu'on ne croit a? s'en rendre compte, a? les exprimer dans des formules approximativement exactes. L'enfant qui vers six ou sept ans cherche avec son pe?re un objet perdu et qui, s'impatientant de ne pas le retrouver, s'e?crie : ce Pourtant quelque chose est bien toujours quelque part, » n'exprime-t- il pas lui-me?me, sous une forme nai?ve, l'ide?e de la relation qui existe entre toute perception exte?rieure et un lieu de?termine? ? Nous ne songeons pas a? atte?nuer la gravite? de l'omission de Hume. Comme le remarque M. Huxley, « on a lieu d'e?tre surpris qu'un penseur de la valeur de Hume se soit contente? d'une analyse psychologique qui, parmi les e?tats e?le?mentaires de l'esprit, omet toute une cate?gorie tre?s importante de faits. » (xxvii) Mais, il n'est que juste de le reconnai?tre, Hume, quoique confuse?ment, a re?tabli par endroits la ve?rite? qu'il avait nie?e, et rouvert timidement la porte aux principes qu'il avait exclus. Il admet en effet un certain nombre de relations fondamentales, la ressemblance, l'identite?, l'espace et le temps, la quantite?, les degre?s dans la qualite?, les contraires, le rapport de cause a? effet. Ces relations primitives et naturelles, qui jouent dans le monde moral le me?me ro?le que l'attraction dans le monde physique, Hume de?clare qu'il ne pre?tend pas les expliquer et qu'elles doivent e?tre conside?re?es « comme des qualite?s originelles de la nature humaine ». N'est-ce pas avouer que l'esprit n'est pas domine? seulement par l'expe?rience et l'habitude, qu'il trouve en lui-me?me un certain nombre de principes d'union, d'association, entre les ide?es ? Hume semble s'e?tre rapproche? encore plus de la re?alite?, et avoir compris la nature ve?ritable des relations intellectuelles, quand il dit de l'e?galite? de deux figures ge?ome?triques : « L'e?galite? n'est pas a? proprement parler une qualite? inhe?rente aux figures elles-me?mes : elle de?rive de la comparaison que l'esprit e?tablit entre elles [12]. » N'est-ce pas en effet reconnai?tre, dans un cas particulier, la puissance propre de l'esprit dominant les impressions isole?es qui se succe?dent devant lui et affirmant intuitivement leur rapport ? Hume a donc tout au moins he?site?, tergiverse?, dans la question des e?le?ments de l'esprit. Comme il (xxviii) arrive toujours quand on s'e?carte de la ve?rite?, sa pense?e, ge?ne?ralement si ferme et si pre?cise, se brouille et se trouble toutes les fois qu'il discute la nature des relations. On peut croire que les magistrales the?ories de Kant, s'il avait assez ve?cu pour les connai?tre, auraient mis un terme a? ses inde?cisions et lui eussent fait comprendre l'impossibilite? de nier les lois inne?es de l'esprit. Comme on l'a fait inge?nieusement remarquer, il n'a pas pu lui-me?me exposer sa the?orie empirique sans y faire intervenir des ide?es rationnelles. De?s les premie?res lignes de son livre, et dans la distinction me?me qu'il e?tablit entre les ide?es et les impressions, il fait intervenir deux concepts : celui de ressemblance, et celui d'ante?riorite? et de poste?riorite?, c'est-a?-dire de temps. « Les ide?es, dit-il, sont semblables et conse?cutives aux impressions. Semblables, conse?cutives ! il est clair qu'on ne peut citer les impressions d'ou? sont tire?s les faits de conscience exprime?s par ces deux mots [13]. » Apre?s tous les efforts tente?s par les psychologues de l'E?cole de l'association pour ramener aux acquisitions de l'expe?rience les lois inne?es de l'intelligence, la philosophie anglaise elle-me?me est oblige?e de revenir a? l'inne?ite? de Descartes et de dire avec M. Huxley que certaines relations irre?ductibles sont « comme les sensations d'un sens inte?rieur qui prend connaissance des mate?riaux fournis par les sens exte?rieurs ». Hume a-t-il nie? les ve?rite?s ne?cessaires ? C'est ici surtout qu'il convient d'examiner de pre?s la nature (xxix) du scepticisme qui lui est impute?, et pour cela de rappeler brie?vement son opinion sur les ve?rite?s ge?ome?triques et sur le principe de causalite?. Sur le premier point, il faut reconnai?tre que Hume a varie? dans l'expression de sa pense?e. Lisez le Traite? de la nature humaine : la certitude ge?ome?trique semble s'e?vanouir ; les lignes et les surfaces, les ide?es d'e?galite? et d'ine?galite? n'ont aucune pre?cision ; emprunte?es aux sens, elles participent a? tout ce qu'il y a de vague, d'inde?termine?, dans les impressions sensibles ; enfin les de?monstrations elles-me?mes n'e?chappent pas aux de?faillances naturelles de l'esprit, et par suite « toute connaissance, me?me ge?ome?trique, de?ge?ne?re en probabilite? [14] », Mais dans les Essais le langage de Hume est tout diffe?rent. Ici, les ve?rite?s ge?ome?triques et les ve?rite?s de fait sont distingue?es avec force. « Tous les objets des recherches de la raison peuvent, dit-il, se diviser en deux cate?gories : d'une part, les relations d'ide?es ; d'autre part, les choses de fait. A la premie?re classe appartiennent les sciences telles que la ge?ome?trie, l'alge?bre et l'arithme?tique, en un mot toutes les affirmations qui sont ou intuitives ou de?monstrativement certaines ... Les propositions de cette espe?ce se de?couvrent par la seule ope?ration de la pense?e et ne de?pendent en rien des choses qui existent dans l'univers [15]. » Il n'est gue?re possible de faire une de?claration plus formelle et de marquer plus nettement (xxx) les caracte?res propres aux ve?rite?s d'intuition et de de?monstration. Et nous ne nous e?tonnons pas que Kant, s'en rapportant a? ce passage, ait cru devoir compter Hume parmi ceux qui admettent la certitude absolue et ne?cessaire des connaissances mathe?matiques [16] : ce qui est vrai de Hume des Essais, mais non de Hume du Traite? [17]. Hume ayant formellement de?clare? qu'il ne fallait chercher sa pense?e de?finitive que dans les Essais, il semble qu'il soit permis de se ranger a? l'avis de Kant et de conclure que, se contredisant et se re?futant lui-me?me, l'auteur des Essais, mieux informe?, a restitue? aux ide?es et aux propositions mathe?matiques une autorite? qu'il leur avait d'abord refuse?e. En tout cas, la contradiction me?rite d'e?tre signale?e et ne permet pas que l'on confonde sans re?serve Hume avec les philosophes qui ne distinguent en rien les ve?rite?s ge?ome?triques des autres formes de la croyance. Mais, dira-t-on, l'affirmation vraiment rationaliste des Essais ne se concilie pas avec les autres parties du syste?me de Hume. Nous re?pondrons que, pour comprendre la pense?e de Hume, il faut s'e?tre de?barrasse? des pre?ventions que peut faire nai?tre contre lui une fausse assimilation de sa doctrine avec le sensualisme vulgaire. Ne nous laissons pas prendre a? ce mot d'impression que Hume avait bien sans doute le (xxxi) droit d'employer dans le sens qu'il lui plaisait, mais qui cependant a le tort d'e?garer l'esprit en l'invitant a? croire que les premiers e?le?ments de l'intelligence sont dus a? une ve?ritable expe?rience, a? des acquisitions sensibles, a? l'action d'objets re?ellement exte?rieurs. Pour Hume, les impressions, premiers mode?les des ide?es, sont tout aussi subjectives que les ide?es, copies fide?les des impressions. L'expe?rience a dans sa pense?e une tout autre signification que dans la pense?e du vulgaire : elle repre?sente non ce qui vient du dehors, car rien ne vient du dehors, mais ce qui se renouvelle et se re?pe?te. 330 $aCela e?tant, les faits premiers de l'esprit, les impressions, selon le mot de Hume, ne sont pas a? proprement parler des faits d'expe?rience. Hume sans doute se refuse a? nous dire quelle est leur origine, et il se borne a? constater qu'ils existent. Mais n'est-ce pas en un sens avouer qu'ils sont a priori, qu'ils s'imposent du premier coup, que toute re?pe?tition, tout renouvellement de ces impressions est inutile pour que l'esprit saisisse les rapports qui existent entre elles ? Il n'est donc pas impossible de comprendre comment, dans son syste?me qui n'est pas un empirisme sensualiste, qui se rapproche beaucoup au contraire de l'ide?alisme, Hume peut faire place a? la certitude toute subjective des ve?rite?s ge?ome?triques. Accordons d'ailleurs de bonne gra?ce qu'il est sur ce point d'un laconisme de?courageant, que le petit paragraphe de quelques lignes ou? il distingue les ve?rite?s de fait et les ve?rite?s d'intuition a tout l'air d'une concession plus apparente que (xxxii) re?elle, que le philosophe enfin n'a pas pris le temps d'e?claircir sa pense?e et de coordonner ses opinions, presse? qu'il e?tait de diriger ses coups contre la notion de cause et le principe de causalite?. On ose a? peine revenir sur un sujet aussi rebattu que celui de la ne?cessite? de la relation causale. Il le faut cependant, car c'est la? peut-e?tre que Hume a? la fois a e?te? le plus original et s'est le plus gravement trompe?. Personne n'a plus contribue? a? e?claircir la question ; personne n'a plus re?solument nie? la valeur de cette liaison ne?cessaire, qui est la forteresse inexpugnable ou? doit se re?fugier toute me?taphysique et qu'on appelait re?cemment « le type parfait, mais unique de la ne?cessite? primordiale [18] ». Admettre une relation intuitive ou de?montre?e entre les ide?es de la ge?ome?trie, cela, apre?s tout, ne pouvait re?pugner a? Hume : car cette relation tout ide?ale n'engageait pas les questions d'existence. Mais il en e?tait autrement de la relation de cause a? effet : car, la ne?cessite? rationnelle de la cause une fois admise, il n'est plus possible a? l'esprit de se renfermer en lui -me?me ; il lui faut passer de la re?gion des ide?es a? la re?gion des existences, et par dela? le monde des conceptions subjectives lie?es par l'expe?rience et par l'habitude, reconnai?tre l'existence des causes qu'on n'observe pas, qu'on n'expe?rimente pas, mais qu'on affirme comme ne?cessaires. De la? l'effort de Hume pour re?duire la relation causale a? une simple succession de deux e?ve?nements, (xxxiii) succession qui par son renouvellement fre?quent de?termine l'esprit a? passer de l'ide?e de l'un a? l'ide?e de l'autre . La pre?tention de Hume est donc de prouver qu'il n'y a pas entre la cause et l'effet d'autre rapport qu'un lien d'imagination ou d'habitude e?tabli par l'expe?rience. Pour en arriver la?, il montre que nous ne pouvons jamais connai?tre a? priori la nature d'une cause ou d'un effet. En cela, comment ne pas voir qu'il de?place la question ? Sans doute la raison ne peut devancer l'expe?rience dans la de?termination de la cause, mais elle lui impose l'obligation de la chercher, de croire a? son existence avant qu'elle l'ait trouve?e, et, quand elle l'a trouve?e, de croire a? un rapport ne?cessaire entre cette cause et son effet. Ici, M. Huxley lui-me?me nous donne raison et de?clare que l'argumentation de Hume n'est pas rigoureusement concluante : « De ce que nous sommes incapables de dire quelle cause a pre?ce?de? ou quel effet suivra un e?ve?nement, s'ensuit-il que nous soyons dispense?s de supposer ne?cessairement que cet e?ve?nement a eu une cause et qu'il aura un effet. Le savant qui de?couvre un nouveau phe?nome?ne peut ignorer comple?tement la cause de ce phe?nome?ne, mais il n'he?site pas a? la chercher. Et, si vous lui demandez pourquoi il le fait, il vous re?pondra probablement : Parce qu'il doit y avoir une cause ; - ce qui revient a? dire que sa croyance a? la causalite? est une croyance ne?cessaire. » L'ignorance ou? nous sommes de la nature de la cause, tant que nous n'avons pas eu recours a? l'expe?rience, ne supprime donc pas notre pre?vision (xxxiv) rationnelle de l'existence d'une cause quelconque. Ici, le fait sur lequel Hume s'appuie est un fait certain : seulement il lui donne une conclusion qu'il ne comporte pas. Mais voici qu'il appelle a? son aide un fait au moins contestable : il pre?tend que nous pouvons penser a? un phe?nome?ne sans lui attribuer une relation causale avec un autre phe?nome?ne. « Comme toutes les ide?es distinctes peuvent e?tre se?pare?es l'une de l'autre, dit-il, et comme les ide?es de cause et d'effet sont e?videmment distinctes, il nous sera facile de concevoir un effet sans cause. » Il est e?vident d'abord que Hume fait un cercle vicieux : car, pour justifier la conclusion que l'on peut se?parer l'ide?e de cause et l'ide?e d'effet, il suppose d'abord que toutes nos ide?es peuvent e?tre conc?ues l'une sans l'autre ; et ce principe ne serait pre?cise?ment e?tabli que si l'on avait de?montre? au pre?alable la possibilite? rationnelle d'admettre un effet sans penser a? une cause ou re?ciproquement. Mais, en fait, est-il vrai que les hommes puissent admettre un commencement d'existence sans cause productrice, et soient dispose?s, par exemple, a? re?ver des e?toiles ou? la loi de causalite? n'est plus souveraine ? Dans une page inte?ressante, M. Huxley s'efforce d'accre?diter l'opinion de Hume [19] et de montrer que la ne?cessite? causale n'est pas universellement admise. Pour le vulgaire qui ne re?fle?chit pas, dit-il, les neuf dixie?mes des faits journaliers n'e?veillent pas l'ide?e d'un rapport de causalite? ; bien plus, (xxxv) ajoute-t-il, le vulgaire nie pratiquement ce rapport, puisqu'il attribue ces faits au hasard. La re?ponse est facile ; d'abord il est bien e?vident que la loi de causalite? n'est la loi que de la pense?e qui re?fle?chit. De me?me que les lois invariablement ne?cessaires de la physique ne s'appliquent que sous certaines conditions et dans des circonstances donne?es, de me?me la loi de causalite? ne s'impose a? l'esprit que quand l'esprit se de?veloppe et se comple?te selon ses tendances normales. Quand on dit que la causalite? est universelle et ne?cessaire, tout ce que l'on veut dire, c'est que, partout ou? la re?flexion va, la loi de causalite? la suit. D'autre part, le hasard, si souvent invoque? par les hommes a? l'origine des e?ve?nements qu'ils ne comprennent pas, n'e?quivaut ement a? la ne?gation de toute causalite? ; aux yeux du vulgaire, le hasard, la fortune, sont des causes myste?rieuses, de tre?s re?elles et tre?s effectives puissances. M. Huxley cite encore, a? l'appui de sa the?se, ce proverbe familier : « Le vent souffle ou? il lui plai?t ; » mais n'est-il pas e?vident que ce dicton, s'il exclut l'ide?e d'une cause exte?rieure, attribue au vent lui-me?me une causalite? immanente, analogue aux fantaisies ou aux volonte?s de l'homme ? Mais il serait oiseux de prolonger la discussion, puisque M. Huxley veut bien reconnai?tre dans ses conclusions que la croyance a? la causalite? est une tendance naturelle de l'intelligence. Il persiste seulement a? soutenir que le principe de causalite? n'est que « le symbole verbal d'un acte purement automatique de l'esprit, qui est tout a? fait extra-logique, et qui serait (xxxvi) illogique s'il n'e?tait pas incessamment ve?rifie? par l'expe?rience. » Nous avouons ne pas comprendre comment une tendance instinctive, toujours justifie?e par les faits, peut de?passer ou contredire la logique. Quoi qu'il en soit, M. Huxley est d'accord sur ce point, comme sur d'autres, avec l'auteur du Traite? de la nature humaine. Hume lui aussi combat au nom de la logique les croyances rationnelles : mais il les re?tablit au nom de la nature et des instincts spontane?s. « La nature maintient toujours ses droits, et triomphe en fin de compte de tous les raisonnements abstraits. » - « Par une ne?cessite? absolue et au-dessus de tout contro?le, la nature nous de?termine a? juger, aussi bien qu'a? respirer et a? sentir. 330 $a» Les de?cisions des philosophes, dit-il ailleurs, ne sont que les re?flexions de la vie commune organise?es et corrige?es (methodised and corrected). Par la? s'expliquent sans doute les contradictions apparentes de Hume, dissertant avec candeur et since?rite? sur l'existence de Dieu et me?me sur l'immortalite? de l'a?me, apre?s avoir nie? toute ide?e de cause. A ses analyses sceptiques de l'entendement, le philosophe donne des conclusions pratiques qui se rapprochent fort de celles du sens commun, et, apre?s qu'il a semble? se brouiller avec les croyances de l'humanite?, son plus vif de?sir est de se re?concilier avec elles. En tout cas, et en laissant de co?te? les questions me?taphysiques, il est e?vident que, sur le terrain des faits et dans le domaine de la psychologie proprement dite. Hume n'est rien moins qu'un sceptique. « Suis-je un sceptique ? dit-il quelque part. La (xxxvii) question est superflue. Quiconque prend la peine de re?futer les subtilite?s du scepticisme absolu discute en ve?rite? contre un adversaire qui n'existe pas. » On n'est pas un sceptique parce qu'on nie tel ou tel ordre de croyances. Sans doute Hume n'a pas fait assez grande la part de l'inne?ite? ; il a trop accorde? a? la coutume, c'est-a?-dire a? la re?pe?tition des expe?riences ; il a volontairement omis la discussion de l'origine des impressions et des faits e?le?mentaires de l'esprit. Le moi tel qu'il le conc?oit, « cette collection, ce monceau de perceptions, » comme il l'appelle, n'est qu'une fantasmagorie qui de?roule ses tableaux dans le vide ; c'est, suivant les expressions me?mes de M. Huxley, « comme un feu d'artifice, habilement compose? de mate?riaux combustibles, qui s'enflamme sous l'action d'une e?tincelle et en s'enflammant produit des figures, des mots, des cascades de feu de?vorant, jusqu'a? ce qu'il s'e?vanouisse dans l'obscurite? de la nuit. » Le monde ou? il conduit nos pas est une re?gion obscure dont on ne voit ni le commencement ni la fin. Deux choses surtout manquent a? son syste?me : l'ide?e de la cause et l'ide?e du but. Aussi n'a-t-il pas me?me soupc?onne? la the?orie de l'e?volution, tandis qu'il devinait la plupart des conceptions qui alimentent les pole?miques de notre temps. S'il l'eu?t connue d'ailleurs, il l'eu?t probablement repousse?e, de?concerte? dans la prudence et la sagesse de ses vues par d'aussi audacieuses hypothe?ses. Mais s'il a laisse? dans l'ombre le cadre, si je puis dire, de la nature humaine, ses origines et sa (xxxviii) destine?e, du moins il a esquisse? le tableau de ses ope?rations et de ses actes avec une habilete? consomme?e. Il n'a pas su voir tout ce que la conscience humaine, cette clarte? inte?rieure, projette autour d'elle ; mais la conscience elle-me?me, il l'a analyse?e, il l'a sonde?e avec une admirable sagacite?. L'historien de la philosophie n'oubliera pas qu'il a le premier mis en relief tout ce que l'esprit doit a? l'association des ide?es, au renouvellement des expe?riences [20]. Sans doute, dans ses analyses de la conscience, il a surtout songe? a? fixer les limites de la pense?e, a? lui re?ve?ler son impuissance, et il occupe une grande place dans les annales de la philosophie critique, comme continuateur de Locke et comme ance?tre de Kant. Mais il n'a pas cependant borne? ses efforts a? cette critique ne?gative. La philosophie n'a pas e?te? seulement pour lui ce une discipline destine?e a? limiter la connaissance » ; elle a e?te? un instrument pour (xxxix) l'e?tendre », pour l'e?tendre au moins dans le domaine des faits psychologiques, de?crits avec pre?cision, relie?s les uns aux autres, ramene?s a? leurs e?le?ments simples apre?s avoir e?te? saisis dans leur complexite?. Son nom est avant tout lie? aux destine?es de cette psychologie descriptive, analytique, qui tient a? ne se perdre ni dans les spe?culations de la me?taphysique, ni dans les dissections de l'anatomie, qu'on ne peut plus se contenter de nos jours d'appeler la psychologie sans e?pithe?te, au milieu de tant de pseudo-psychologies, et qu il conviendrait peut-e?tre d'appeler la psychologie mentale, comme on dit la ve?rite? vraie. C'est bien cette science qu'il pre?tendait inaugurer et fonder dans le Traite de la nature humaine, comme le prouvent ces paroles, qui assure?ment n'ont rien de sceptique : « Nous devons glaner des observations nombreuses par une e?tude attentive de la vie humaine, et recueillir les faits comme ils se pre?sentent a? nous dans le cours ordinaire de l'existence, en examinant la conduite des hommes dans la socie?te?, dans les affaires et les plaisirs. Le jour ou? les observations de cette espe?ce auront e?te? judicieusement rassemble?es et compare?es, nous pourrons nourrir l'espoir de constituer avec ces faits une science qui ne sera pas infe?rieure en certitude et qui sera peut-e?tre supe?rieure en utilite? a? toute autre science de compe?tence humaine. 517 $aHume 606 $aPhilosophy in literature 615 0$aPhilosophy in literature. 676 $a809.93384 700 $aHuxley$b Thomas Henry$0178787 801 0$bNjHacI 801 1$bNjHacl 906 $aBOOK 912 $a9910131128103321 996 $aHume$93909860 997 $aUNINA