La philosophie de Plotin se situe à la croisée de deux métaphysiques. La première culmine avec l’affirmation de l’identité entre l’être et la pensée : en introduisant les Formes intelligibles dans l’Intellect divin, elle conjugue platonisme et aristotélisme. La seconde inaugure un courant qui marquera durablement l’histoire de la philosophie occidentale, à travers notamment la tradition de la théologie négative. L’ontologie grecque est ainsi menée à son achèvement en même temps qu’elle est débordée par la position d’un au-delà de l’être, l’Un, et ébranlée par l’impensable extinction de l’être que représente la matière. La pensée se trouve aux prises avec deux figures du non- être, qu’il s’agisse de ce non-être par défaut qu’est la matière, ou du non-être par suréminence propre au premier Principe. Ce livre a donc pour objet de montrer qu’il ne s’agit chez Plotin ni d’une forme supérieure d’onto-théologie, ni de la sortie de la métaphysique à laquelle aspire tout un courant de la réflexion contemporaine, mais bien d’une nouvelle et autre métaphysique qui réussit à entrelacer infini et totalité. |