prince et modèle des acteurs, est le dieu qui joue, souverainement. Théâtre indien, donc, ou plutôt, tant l’objet est divers, ambigu et labile, théâtres indiens, fussent-ils réels ou rêvés, de Java ou du romantisme français. De l’Inde à l’Occident, du passé, mythique ou historique, au présent, les dix-huit textes de ce volume voudraient, multipliant les points de vue, rendre compte de ce pluriel. Philologie, analyse littéraire, histoire, sociologie, ethnologie, témoignage de praticiens, poésie même : les approches sont nombreuses, et font leur place à la scène du rituel, comme à la réflexion esthétique et philosophique. Impossible en effet d’ignorer la question fondamentale : celle des rapports du théâtre et de la réalité, avec pour corollaire les raisonnements sur les registres d’incarnation — la figuration théâtrale et la possession —, lesquels, loin de circonscrire fermement les domaines du théâtre et du rituel, contribueraient plutôt à en brouiller les contours puisque la possession elle-même est susceptible d’être jouée. De ces glissements et recouvrements incessants naît un trouble qui est peut-être aussi la condition du plaisir esthétique comme celle de l’accès, au-delà de l’apparence, à une réalité plus haute. L’illusion est la fin du théâtre et sa vérité, son enjeu. Le rideau, « cette toile qui sépare du mystère », comme dit Mallarmé, en est, avant l’acteur même, le premier signe. |