Comment les Barcelonais sont-ils devenus Catalans ? La question peut paraître provocatrice. Pourtant, entre le moment où l’État libéral se construit et la veille de la Guerre civile, Barcelone connaît un bouleversement identitaire sans précédent qui change sa manière de se sentir catalane. Les politiques de mémoire, c’est-à-dire l’ensemble des usages politiques du passé, offrent un point de vue original sur ce phénomène : à l’aide de monuments commémoratifs et de plaques de rue, de nouvelles références au passé racontent une autre histoire de la Catalogne et de l’Espagne. Mais la détermination d’une mémoire hégémonique, avalisée par les autorités locales, est l’objet d’innombrables conflits politiquesque ce livre se propose de décrire. C’est au fond à une évocation inédite de Barcelone, de sa vie politique, sociale et culturelle que le lecteur est invité ici. Au-delà de cette histoire, il reste une passion « statuomaniaque », qu’il s’agit de comprendre. Une sociologie de la mémoire conduit à décrypter les fondements de la société commémorante, cette partie de la société catalane qui prend en charge pour l’ensemble de la collectivité la |