L'évolution scientifique moderne a fait naître des nécessités économiques nettement contraires aux impulsions affectives et mystiques qui, depuis les débuts de l'histoire, dirigent les actions des hommes. Cette opposition, accentuée chaque jour, est une des causes profondes du déséquilibre actuel. Notre époque oscille entre les influences héréditaires qui orientaient jadis le monde et les nécessités issues des découvertes scientifiques nouvelles. Comment concilier les ambitions, les rivalités et les haines poussant les races à de furieuses luttes, avec l'engrenage économique qui les lie d'une si étroite interdépendance que le dommage subi par l'une d'elles atteint bientôt toutes les autres ? - II - Si cette interdépendance n'a pas réussi à faire de la solidarité une des lois du monde moderne, c'est que les passions et les sentiments, générateurs habituels de la conduite, sont l'héritage d'un long passé, alors que les nécessités économiques nouvelles, datant d'hier, pèsent peu encore dans la balance des motifs qui font agir les hommes. La domination des forces rationnelles par les forces affectives et mystiques doit être toujours présente à l'es-prit quand on veut comprendre la genèse des grands événements qui perturbent la vie des peuples. Croire ces événements déterminés par la pure logique rationnelle conduit à de redoutables illusions. Ils en furent victimes, les pacifistes qui, à la veille de la guerre, soutenaient, avec un éminent professeur de la Sorbonne, qu'un conflit entre la France et l'Allemagne étant rationnellement impossible, une coûteuse préparation militaire devenait inutile. Les faits leur prouvèrent bientôt que la logique savante des professeurs ne régit pas encore l'Histoire. Les logiques affective et mystique qui l'orientent obéissent à de tout autres lois. Nous aurons plus d'une fois à en marquer la nature dans cet ouvrage. - III - Les réflexions provoquées par les agitations de l'heure présente varient naturellement suivant les habitudes mentales de l'observateur. Les points de vue du savant ne sauraient être ceux du croyant dont la foi limite l'horizon, ni ceux de l'homme d'Etat absorbé par les néces-sités journalières, moins encore ceux des adeptes d'un parti politique, uniquement préoccupés des intérêts de ce parti. S'élever au-dessus de ces barrières est nécessaire pour percevoir les origines et les conséquences des problèmes qui troublent si profondément aujourd'hui l'âme des nations. Dans l'état présent de nos connaissances, et après les bouleversements qui ont ébranlé l'antique armature sociale, quelles idées peut-on se faire du droit, de la morale, des institutions, des croyances reli-gieuses, politiques et sociales qui ont guidé la marche des civilisations et la guident encore ? -IV- Une réponse suffisante à de telles questions exigerait des volumes. Mais les phénomènes sociaux, de même d'ailleurs que les phénomènes physiques, sont dominés, malgré leur complexité, par quelques principes fondamentaux dont les cas particuliers découlent et qu'il est possible de formuler brièvement. Ces principes, véritable substratum des choses, sont plus suggestifs, souvent, que de longues explications. C'est pourquoi je me suis décidé une fois encore à condenser en |